Affaire des écoutes: Nicolas Sarkozy pourrait être jugé pour «corruption» avant la présidentielle

JUSTICE La Cour de cassation a validé les écoutes téléphoniques de l’ancien président de la République ouvrant la voie à un procès pour « corruption »…

Vincent Vantighem
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Nicolas Sarkozy a encore quelques rendez-vous de programmé avec les juges.
Nicolas Sarkozy a encore quelques rendez-vous de programmé avec les juges. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas pour Nicolas Sarkozy. Après avoir « ri à plusieurs reprises », lundi, avec le Pape au Vatican, l’ancien président de la République a vécu un mardi plus difficile. La Cour de cassation a validé les écoutes téléphoniques pour lesquelles il a été mis en examen, ouvrant la voie à un procès pour « corruption » qui pourrait intervenir avant la présidentielle de 2017. 20 Minutes fait le point sur la procédure en cours…

  • Que signifie la décision de la Cour de cassation ?

La plus haute instance judiciaire française a jugé, ce mardi, que les écoutes téléphoniques de l’ancien Président, réalisées en 2014, étaient bien « légales ». Autrement dit, qu’elles peuvent servir de preuves dans un éventuel procès, contrairement à ce que réclamait Nicolas Sarkozy.

  • Que contiennent ces écoutes téléphoniques ?

Après avoir ouvert une ligne sous le nom d’emprunt de Paul Bismuth, Nicolas Sarkozy a discuté, à plusieurs reprises, en 2014, avec son avocat Thierry Herzog. Les écoutes de ces conversations ont montré que l’ancien Président a tenté d’obtenir des informations sur l’affaire Bettencourt auprès d’un haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azzibert, en lui faisant miroiter une promotion à Monaco. « Moi, je le fais monter, promet-il ainsi en parlant de Gilbert Azzibert, le 5 février 2014. Je l’aiderai ».

>> Verbatim : Retrouvez le contenu des écoutes de «Paul Bismuth»

  • Pourquoi cela ouvre-t-il la voie à son procès ?

Mis en examen pour « corruption active » et « trafic d’influence », Nicolas Sarkozy comptait sur la Cour de cassation pour faire annuler toute la procédure. L’ancien Président ne dispose désormais plus de recours lui permettant d’éviter un procès. « Nous considérons toujours que toute la procédure est fragilisée par cette histoire d’écoutes. Elle est bancale, malade, a réagi auprès de 20 Minutes, Patrice Spinosi, l’avocat de Nicolas Sarkozy. Mais force est de constater qu’elle peut nous conduire à un procès… »

  • Ce procès peut-il avoir lieu avant la présidentielle de 2017 ?

Oui car les deux juges d’instruction ont bouclé leur enquête, début février. « Le parquet dispose, à partir de cette date, d’un délai de trois mois pour rendre ses réquisitions, décrypte Laurence Blisson, secrétaire nationale du syndicat de la magistrature (classé à gauche). Une fois que cela sera fait, les juges pourront rédiger leur ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel. » Surtout, « il y a une volonté des juges d’aller vite, déplore Patrice Spinosi. On peut imaginer que l’ordonnance sera rédigée avant la fin de l’année pour que le procès se tienne juste avant la présidentielle. »

  • Comment se défend Nicolas Sarkozy dans cette affaire ?

L’ancien président ne conteste pas les propos qu’il a tenus au téléphone. Il rappelle simplement qu’il a finalement renoncé à intervenir auprès de la principauté de Monaco en faveur de Gilbert Azzibert. L’ancien chef de l’Etat y voit la démonstration qu’il n’a rien à se reprocher. Les enquêteurs expliquent, a contrario, ce revirement par le fait que Nicolas Sarkozy avait découvert, à ce moment-là, qu’il était sur écoutes. « Nous estimons toujours que ces écoutes étaient illégales. En cas de procès, nous contesterons toujours ces éléments de preuves », prévient déjà Patrice Spinosi.

  • Comment réagi la classe politique à droite ?

En silence. D’habitude prompts à réagir dès la moindre mise en cause de l’ancien Président, les principaux soutiens de Nicolas Sarkozy sont, mardi après-midi, injoignables. Patrice Spinosi assure, lui-même, à 20 Minutes qu’il n’a pas encore pu s’entretenir avec son client, à ce sujet.

Ses opposants n’avaient, eux, pas attendu la décision de justice pour critiquer Nicolas Sarkozy. Se déclarant candidat à la primaire à droite, Jean-François Copé avait ainsi annoncé qu’il ne l’aurait jamais fait s’il avait été mis en examen dans une affaire… Une façon peu élégante de mettre la pression à son opposant qui, lui, n’a pas encore annoncé ses intentions en vue de cette primaire.