Lutte contre les discriminations: Le testing du gouvernement, à quoi ça sert?

OPÉRATION L’opération vise à faire prendre conscience aux entreprises « des biais qui se produisent en matière de discrimination lors du recrutement »…

T.L.G.

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Le CV peut servir de support à la discrimination à l'embauche.
Le CV peut servir de support à la discrimination à l'embauche. — JAUBERT/SIPA

Une opération pour lutter contre les discriminations à l’embauche. Le gouvernement lancera dans quelques jours une grande campagne de « testing » pour déterminer si les candidats qui portent des noms à consonance « maghrébine » sont victimes de discrimination lors de l’envoi de CV. L’opération débutera début avril pour une durée de trois mois. 20 Minutes a interrogé Jean-Christophe Sciberras, président du groupe de dialogue sur les discriminations, qui a travaillé sur cette campagne.

Pourquoi utiliser cette méthode ?

En mai 2015, Jean-Christophe Sciberras, le président du groupe de dialogue sur les discriminations, a rendu un rapport sur la « Lutte contre les discriminations en entreprise ». Parmi les propositions figurait le développement du testing par les entreprises. « L’objectif est d’avoir une photo des pratiques au moment de l’embauche. Les entreprises doivent prendre conscience des biais qui se produisent en matière de discrimination lors du recrutement, assure Jean-Christophe Sciberras. Le gouvernement s’est emparé de cette idée car les entreprises n’utilisent le testing que très rarement. »

Comment les entreprises sont choisies ?

Deux candidatures identiques seront envoyées. Seule différence, le nom. L’un des candidats portera un nom à consonance « maghrébine », l’autre non. Entre 20 et 50 entreprises de plus de 1.000 salariés seront ainsi mises à l’épreuve pour déterminer si elles écartent des candidats en fonction de leur origine. Comment seront-elles sélectionnées ? « Pour que ce soit intéressant statistiquement, il faut qu’il y ait un flux assez important de recrutements. L’idée est de faire une étude relativement courte pour avoir des résultats dès septembre », répond Jean-Christophe Sciberras.

Pourquoi avoir sélectionné ce critère de discrimination et pas un autre ?

La loi interdit de discriminer un candidat à l’embauche selon 21 critères (âge, patronyme, orientation sexuelle, apparence, etc.) Comment s’est effectué le choix du critère (en l’occurrence, le patronyme) ? « C’était un choix difficile, il a fallu trancher. L’opération est courte. Nous avions objectivement l’intuition que ce critère de discrimination est puissamment à l’œuvre », avance Jean-Christophe Sciberras, qui renvoie notamment vers une étude de l’Institut Montaigne publiée en octobre dernier.

Des résultats, et après ?

L’identité des entreprises sondées sera préservée. Seuls les résultats seront rendus publics. Dans quel but ? « C’est une démarche pédagogique pour faire prendre conscience de ce qui se passe dans notre pays. Après, il va falloir se mettre au travail… » Mais pour la suite, le président du groupe de dialogue sur les discriminations reste flou. « Le gouvernement pourrait faire une grande campagne de sensibilisation face à ces biais de discriminations qui souvent sont fait de manières implicites voire involontaires, assure-t-il. Les entreprises qui ne sont pas passées dans l’opération pourraient aussi réaliser des autotestings pour soulever ces discriminations. »

En mai dernier, le sociologue Jean-François Amadieu se montrait très critique sur cette solution. « On enterre le CV anonyme [un temps envisagé] pour un rideau de fumée », assurait-il à 20 Minutes. « Le CV anonyme, comme d’autres outils ne sont pas efficaces. Il faut d’abord sortir de la phase de déni. Les pénalités existent depuis trente ou quarante ans et n’ont rien changé », répond Jean-Christophe Sciberras.