Migrants en Grèce: Que change l'accord entre la Turquie et l'Union européenne?

MIGRATIONS Depuis dimanche, les migrants qui arrivent sur les îles grecques sont détenus dans l'attente d'être éventuellement renvoyés vers la Turquie...

Laure Cometti
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Une embarcation de migrants accoste sur l'île grecque de Lesbos le 20 mars 2016.
Une embarcation de migrants accoste sur l'île grecque de Lesbos le 20 mars 2016. — Petros Giannakouris/AP/SIPA

De très nombreuses de questions demeurent après l’accord scellé vendredi entre la Turquie et l’Union européenne sur la crise migratoire. Lors d’un sommet à Bruxelles, Ankara et les 28 Etats membres ont convenu de fermer la route migratoire de la mer Egée (du littoral turc vers les îles du Dodécanèse), empruntée par près de 150 000 personnes depuis le début de l’année selon l’Organisation internationale pour les migrations. Quelles seront les conséquences de cette décision inédite ?

Que prévoit cet accord et comment sera-t-il appliqué ?

Depuis dimanche, de nouvelles conditions s’appliquent pour les personnes arrivées sur les îles grecques. Celles qui ne demandent pas l’asile seront « renvoyées immédiatement », prévoit la Commission européenne. Les autres seront retenues le temps de l’examen de leurs demandes, conformément aux règles du droit d’asile que Bruxelles s’est engagée à respecter. Dans quel délai et comment seront-elles transférées en Turquie ? Ces modalités, inconnues à ce jour, devront être précisées dans les jours à venir.

C’est à la Vouli (le Parlement grec) que les conditions d’application de cet accord vont se préciser. Une loi sur le droit d’asile doit y être examinée prochainement. Les parlementaires pourraient notamment conférer à la Turquie le statut de « pays tiers sûr ». Le cas échéant, les demandes d’asile de réfugiés ayant transité en Turquie seront jugées non admissibles en Grèce et les demandeurs seront renvoyés. Mais de nombreuses ONG doutent de la capacité d’Ankara à garantir une protection conforme au droit international et européen. « Il y a des risques de refoulement pour les Irakiens et les Syriens à la frontière turque », alerte Constance Thiesen, du bureau grec de Médecins sans frontières.

Que se passe-t-il pour les migrants arrivés avant dimanche ?

« Samedi, des centaines de migrants qui se trouvaient sur les îles du Dodécanèse ont été transférés vers des centres d’accueil près d’Athènes », raconte à 20 Minutes Cyril Brossaud, coordinateur du programme Migrant Méditerranée chez Médecins du Monde. « Depuis la fermeture de la frontière avec la Macédoine, les autorités grecques avaient réduit le nombre de tickets pour prendre le ferry vers Athènes », précise-t-il.



Les 50 000 migrants actuellement en Grèce doivent en théorie être expulsés (pour les migrants économiques) ou intégrés au plan de relocalisation de l’UE pour les Irakiens et les Syriens.

Et pour ceux arrivés après l’accord ?

Les personnes arrivées depuis dimanche ne peuvent pas quitter les îles. Elles sont désormais détenues dans les cinq hotspots existants, comme celui de Moria, à Lesbos. Selon l’organe de coordination de la politique migratoire en Grèce (SOMP), elles « attendront l’arrivée des experts étrangers qui lanceront les procédures pour leur renvoi », qui se fera selon la Commission par bateau, directement depuis les îles, ou par bus via la frontière terrestre avec des moyens mis à disposition par Frontex.



Les hotspots n’avaient pas vocation initialement à être fermés, même si « la loi grecque permet la détention de personnes entrées illégalement sur le territoire », précise Constance Thiesen. Pour l’heure, ces centres qui ont mis plusieurs mois avant d’être opérationnels, ont une capacité d’accueil totale de 6 000 personnes. Elle doit être portée à 20 000 places.

Quel sort sera réservé aux mineurs isolés et aux personnes malades ou handicapées ? Cette question reste sans réponse. Et une crainte s’impose : « Il est certain que les migrants emprunteront d’autres routes, de l’Albanie vers les Pouilles ou de la Libye vers l’Italie », prévient Gilbert Potier, directeur général de Médecins du Monde.