Espagne: Rita Bosaho, première députée noire de la démocratie

PORTRAIT Première députée noire depuis la mort du dictateur Franco en 1975, elle a pris place dans l’hémicycle avec les autres membres du parti de gauche radicale Podemos…

20 Minutes avec agences

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La députée espagnole du parti Podemos Rita Bosaho au Parlement espagnol le 11 mars 2016 à Madrid
La députée espagnole du parti Podemos Rita Bosaho au Parlement espagnol le 11 mars 2016 à Madrid — PIERRE-PHILIPPE MARCOU AFP

Rita Bosaho fait sensation en Espagne depuis qu’elle est devenue la « première députée noire » depuis la mort du dictateur Franco en 1975 et le retour de la démocratie espagnole.

Le 13 janvier, elle prenait ainsi place pour la première fois avec les autres députés du parti de gauche radicale Podemos dans l’hémicycle du XIXe siècle dominé par les représentations d’Espagnols célèbres, de Christophe Colomb à Cervantes.

« Subitement, nous représentions la citoyenneté » dans sa diversité

« Tout était émouvant mais ce qui m’a marquée, ce sont les visages des élus d’autres partis » quand nous sommes entrés dans « cet espace de pouvoir », se rappelle cette aide-soignante d’Alicante (sud-est) issue du mouvement des « Indignés ». « Subitement, nous représentions ce que nous avions crié dans la rue, nous représentions la citoyenneté » dans sa diversité, ajoute gravement celle qui est née il y a 50 ans en Guinée équatoriale.

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Rita Bosaho s’était mêlée à la foule des « Indignés » au printemps 2011, quand la contestation avait soudain envahi les rues d’Espagne. Cette mère d’un fils de 24 ans assistait aux débats qui dénonçaient « le chômage des jeunes poussés à l’exil par la crise économique, la corruption, la détérioration de la santé publique vendue au privé, etc. »

Puis elle avait rejoint Podemos fondé début 2014 « pour convertir l’indignation en changement politique ». Et c’est ainsi que, tête de liste à Alicante, elle s’est retrouvée au Parlement, quand Podemos a obtenu plus de 20 % des suffrages aux législatives de décembre.

« J’ai compris que la lutte féministe doit être politique »

Ses modèles ? L’Espagnole Clara Campoamor, qui « lutta pour le droit des votes des femmes » il y a 85 ans ou le Sud-Africain Nelson Mandela pour « ce qu’a représenté sa lutte » contre la ségrégation raciale.

« Je suis devenue féministe en m’occupant de dames âgées qui me racontaient leur vie à l’hôpital, j’ai compris que la lutte féministe doit être politique. Le patriarcat existe toujours, c’est ce qu’il faut vaincre ! », ajoute cette licenciée en histoire qui se définit comme « militante de l’égalité » dans tous les domaines.

La ville de Malabo s’appelait encore Santa Isabel quand Rita Gertrudis Bosaho Gori y est née en 1965, en Afrique centrale, « de nationalité espagnole ». « Des proches ont été victimes de la dictature du président Francisco Macias Nguema », raconte encore la députée entrée dans l’histoire. Parmi eux, son oncle. L’homme représentant sa province à Madrid comme député a été arrêté comme opposant, accusé d’avoir participé à un coup d’Etat manqué, puis assassiné en prison en 1972.

« Avoir dû fuir une dictature m’a marquée »

« Le fait d’avoir dû fuir une dictature m’a marquée et cela a une résonance particulière en Espagne où des gens ont vécu la même chose sous le franquisme », reprend Rita Bosaho, ancrée dans la gauche radicale et qui ne s’appesantit pas sur ce double destin dans la grande Histoire.

Si les partis ne s’entendent pas pour former un gouvernement de coalition, Rita Bosaho pourrait ne siéger que six mois, de nouvelles élections étant envisagées fin juin. Quant à son étiquette de « première députée noire », elle, elle restera. Qu’importe, Rita Bosaho sait que « c’est une grande responsabilité » et elle « la porte avec fierté ».