Attentats du 13 novembre : En cavale ou en détention, qui sont les suspects visés par l’enquête?

TERRORISME Encore vivantes, ces personnes sont susceptibles de livrer des éléments sur le déroulé des faits…

R.S.
— 
Les portraits de Salah Abdeslam et Mohamed Abrini à l'aéroport Charles-de-Gaulle le 3 décembre 2015 à Roissy
Les portraits de Salah Abdeslam et Mohamed Abrini à l'aéroport Charles-de-Gaulle le 3 décembre 2015 à Roissy — KENZO TRIBOUILLARD AFP

Officiellement, au moins 10 terroristes liés aux attentats de Paris sont morts depuis le 13 novembre. Qu’ils se soient fait exploser au Stade de France, au Bataclan, ou qu’ils aient été tués lors d’affrontements avec les policiers français ou belges, ces suspects ne sont plus là pour enrichir le travail des enquêteurs. Autour de Salah Abdeslam, arrêté vendredi soir, 21 personnes sont directement visées par la justice française ou belge. Soupçonnées d’avoir aidé les commanditaires des attaques, certaines d’entre elles sont actuellement en détention. Mais d’autres restent en cavale.

Ils sont recherchés : Abrini et Kayal

Georges Fenech, le président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats, est assez clair sur le pedigree des deux fugitifs : « Salah Abdeslam est un pion, les organisateurs sont encore en liberté. » Mohammed Abrini et Soufiane Kayal, que la police traque actuellement sont donc présentés comme deux des têtes pensantes de l’opération-suicide de novembre. Le premier apparaît à plusieurs reprises sur des images de vidéosurveillance, au côté d’Abdeslam, les 10 et 11 novembre. Ce belgo marocain de 31 ans, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, accompagnait à l’époque en voiture le terroriste et son frère Brahim, un autre kamikaze du 13 novembre, lors d’allers-retours entre Paris et Bruxelles. Surnommé « Brioche », il aurait loué des planques en région parisienne. Le 12, il est également repéré en Belgique dans une station-service près de la frontière, en tant que chauffeur de la Clio noire du convoi terroriste. Depuis, sa trace est perdue. Sa famille assure qu’il était à Bruxelles le soir du 13 novembre.

Photo non datée de Mohamed Abrini diffusée le 24 novembre 2015 par la police belge
Photo non datée de Mohamed Abrini diffusée le 24 novembre 2015 par la police belge - Federal police BELGA

La situation est encore plus floue autour de Soufiane Kayal, dont le nom est en réalité falsifié selon les enquêteurs. Son rôle exact dans les attentats n’est pas non plus connu. Seul son visage est officiellement identifié. Lorsque Salah Abdeslam est contrôlé à la frontière austro-hongroise en septembre, il se trouvait à ses côtés. Un mandat d’arrêt avait été lancé le 4 décembre contre le pseudo « Kayal ». Cette identité lui aurait servi à louer une maison à Auvelais, dans le sud de la Belgique, perquisitionnée fin novembre. L’habitation a servi de planque pour les terroristes. Ce suspect est également l’un des destinataires du fameux SMS « On est parti, on commence », envoyé juste avant l’attaque du Bataclan.

Photo diffusée le décembre 2015 par la police belge montrant celui qui utilise l'identité de Soufiane Kayal, recherché pour son implication possible dans les attentats du 13 novembre 2015 à Paris.
Photo diffusée le décembre 2015 par la police belge montrant celui qui utilise l'identité de Soufiane Kayal, recherché pour son implication possible dans les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. - HANDOUT / BELGIAN POLICE / AFP

Enfin un ADN inconnu a été relevé sur la ceinture explosive retrouvée le 23 novembre 2015 à Montrouge.Il ne s’agissait pas de celui de Salah Abdeslam, mais d’un ADN déjà identifié dans un des appartements loués par les terroristes en Belgique. Selon la police, il pourrait trahir l’identité de l’artificier des attentats.

Ils sont inculpés en France : Bendaoud et Soumah

« On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service, Monsieur. » En quelques heures, cette phrase de Jawad Bendaoud était érigée au rang degimmick phare des réseaux sociaux, le 18 novembre. Mais depuis, celui qui est soupçonné d’être le « marchand de sommeil » d’Abdelhammid Abaaoud et sa cousine à Saint-Denis, a été mis en examen et écroué pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. » Depuis sa cellule, l’homme de 29 ans souffrirait des moqueries des codétenus selon son avocat. Dans une lettre adressée au juge, le logeur des terroristes clame aussi son innocence, arguant qu’à « aucun moment (il) n’a senti une ambiance terroriste ou dangereuse dans la location de l’appartement ». Mohammed Soumah, l’un de ses proches, est dans la même situation.

Ils sont mis en examen en Belgique : 14 suspects

L’enquête belge s’est accélérée avec l’arrestation vendredi à Molenbeek de trois nouveaux suspects, en même temps que Salah Abdeslam. Amine Choukri a été interpellé et placé sous mandat d’arrêt par un juge d’instruction. Ils ont été tous les deux inculpés de participation à des meurtres terroristes et participation aux activités d’un groupe terroriste. Choukri avait été contrôlé en voiture au côté d’Abdeslam en octobre à Ulm, en Allemagne. Ses empreintes avaient également été retrouvées dans la maison d’Auvelais qui avait servi de cache aux terroristes.

Par ailleurs, Abid Aberkan, l’ami de Salah Abdeslam qui lui avait trouvé la planque de la rue des Quatre-Vents, a aussi été placé sous mandat d’arrêt et a été inculpé. Djemila M., décrite comme « très malade et inoffensive », a été inculpée de recel de criminels mais laissée en liberté.

Jusqu’à présent, onze autres personnes étaient déjà en détention en Belgique. Parmi elles, Mohammed Amri, 27 ans, et Hamza Attou, 21 ans, soupçonnés d’avoir exfiltré Abdeslam vers Bruxelles dans une Golf juste après les attaques. Ou encore Ali Oulkadi, un Français de 31 ans, Lazez Abraimi, un Marocain de 39 ans, Mohamed Bakkali, Zakaria J., Abdeilah Chouaa, 30 ans, Abdoullah C., 31 ans, Ayoub Bazarouj, 22 ans, ainsi que Samir Zarioh, un Français né en 1995, et Pierre N., un Belge né en 1987. Ils sont notamment soupçonnés d’avoir fourni des « logements conspiratifs », d’avoir tenté de rejoindre la Syrie, accompagné des terroristes à l’aéroport ou être entré en contact téléphonique avec eux.

Ils sont en détention à l’étranger : 5 suspects 

Trois personnes actuellement inculpées pourraient livrer de précieuses infirmations aux enquêteurs. La Turquie a arrêté un Belge d’origine marocaine, Ahmad Dahmani, 26 ans, qui aurait aidé à repérer les lieux des attentats.  Gelel Attar, également Belge d’origine marocaine a lui été arrêté mi-janvier au Maroc. Ce dernier aurait fui la Syrie après avoir développé des liens avec des chefs de l’État Islamique dont Abdelhamid Abaaoud. La justice algérienne suspecte aussi Zouhir Mehdaoui d’être l’un des chauffeurs de Abaaoud. Enfin, deux autres proches d’Abaaoud ont été interpellés en Autriche avec de faux passeports syriens.