Que change l'arrestation de Salah Abdeslam pour l'enquête française ?

TERRORISME Le terroriste présumé a été inculpé pour « meurtres terroristes et participation aux activités d’un groupe terroriste » ce samedi par la justice belge...

A.B. avec AFP

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Photo d'archives de Salah Abdeslam, diffusée le 15 novembre 2015 par la police française dans le cadre d'un appel à témoins.
Photo d'archives de Salah Abdeslam, diffusée le 15 novembre 2015 par la police française dans le cadre d'un appel à témoins. — POLICE NATIONALE / AFP

Au cœur de la logistique et au plus près des tueries, Salah Abdeslam est un personnage clé des attentats les plus meurtriers jamais commis en France. Son arrestation ouvre de nouvelles perspectives pour l’enquête menée au pôle antiterroriste de Paris et un éventuel procès.

Quand sera-t-il remis à la France ?

Inculpé samedi en Belgique pour « meurtres terroristes et participation aux activités d’un groupe terroriste », le petit caïd radicalisé de Molenbeek, de nationalité française, est visé par un mandat d’arrêt des juges français depuis le 24 novembre. Ce mandat d’arrêt européen, qui s’inscrit dans un cadre purement judiciaire et non politique comme l’est la procédure d’extradition, lui a été notifié samedi et son avocat a indiqué qu’ Abdeslam refuserait d’être remis aux autorités françaises. Il peut donc se dérouler plusieurs semaines avant son arrivée sur le territoire français.

« Je sais que les autorités belges y répondront le plus favorablement possible et le plus rapidement possible », a assuré François Hollande vendredi. Le président français a cité un exemple récent, mais dans l’autre sens, celui de Mehdi Nemmouche, le tueur présumé du musée juif de Bruxelles. Arrêté à Marseille le 30 mai 2014, il avait été remis aux Belges fin juillet.

Quel a été son rôle au soir du 13 novembre ?

Proche d’Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé et tueur des terrasses, Salah Abdeslam est un personnage emblématique des attentats du 13 novembre. Il y a joué les premiers rôles et en détient des secrets. Sa présence éloigne le spectre d’un procès où ne comparaîtraient que des seconds couteaux après la mort des neuf assaillants. A ce stade, deux hommes ont été mis en examen à Paris, dont Jawad Bendaoud, soupçonnés d’avoir aidé à fournir la planque où a été tué Abaaoud.

Son frère Brahim, membre du « commando des terrasses », s’est fait exploser devant une brasserie du boulevard Voltaire. Mais quel était le rôle de Salah, qui a loué des véhicules et des planques en région parisienne et a fait des allers-retours entre la Belgique et Paris les jours précédant les attentats ? Un pur logisticien ? Projetait-il une action meurtrière ? Il a probablement convoyé les kamikazes du Stade de France sur zone à bord d’une Clio, passée par l’aéroport de Roissy peu avant, une étape qui interroge. Des questions se posent aussi sur les heures suivant les attaques. Salah Abdeslam a déposé la Clio dans le XVIIIe arrondissement de Paris, épargné et pourtant cité le lendemain comme une cible dans la revendication de l’EI. Son téléphone borne ensuite à Châtillon, au sud de Paris, où une ceinture d’explosifs est retrouvée dans la commune limitrophe de Montrouge.

Quel a été son itinéraire les mois précédant les attentats ?

Salah Abdeslam a multiplié les voyages en Europe, avec des protagonistes qui intéressent l’enquête. Le 4 août 2015, il est contrôlé au port de Patras, en Grèce, en compagnie d’Ahmed Dhamani, arrêté peu après les attentats en Turquie et soupçonné d’appartenir au réseau jihadiste.

Le 9 septembre, il est contrôlé à la frontière austro-hongroise, avec les faux Soufiane Kayal et Samir Bouzid. Le second est « plus que vraisemblablement », selon le parquet belge, Mohamed Belkaid, l’homme qui a été tué mardi lors d’une opération policière à Forest, près de Bruxelles. Il s’agit d’un autre homme clé, qui a supervisé le repli du jihadiste Abdelhamid Abaaoud en région parisienne au lendemain des attaques. Selon une hypothèse des enquêteurs, c’est aussi vers un téléphone renvoyant au faux Bouzid qu’un kamikaze du Bataclan a envoyé un SMS juste avant d’entrer dans la salle de concert : « on est parti, on commence ».

Le 3 octobre, Salah Abdeslam est aussi contrôlé en Allemagne, à Ulm, avec un complice arrêté vendredi à Molenbeek. Ce suspect avait utilisé ces derniers mois de faux papiers syrien et belge, au nom de Mounir Ahmed Alaaj et d’Amine Choukri. Tous ces voyages posent question. Salah Abdeslam a-t-il organisé et accompagné le retour de jihadistes de Syrie ? Dévoilera-t-il les secrets de l’identité des deux kamikazes du Stade de France non encore identifiés et présentés par l’Etat islamique comme des Irakiens ?

Comment a-t-il pu organiser sa cavale ?

S’il consent à parler, Salah Abdeslam éclaircira peut-être les conditions de sa cavale. Exfiltré en voiture vers la Belgique dans la nuit du 13 au 14 novembre par deux amis depuis incarcérés, il a été arrêté à Molenbeek, près de la capitale belge, quatre mois plus tard. Entre-temps, où a-t-il pu se cacher ? Avec quelles complicités ? Les enquêteurs s’attacheront à faire la lumière sur ces zones d’ombre.