Arrestation de Molenbeek : Comment protéger Salah Abdeslam de lui-même et des autres ?

JUSTICE Les familles des victimes des attentats du 13 novembre craignent qu’il ne tente de se suicider…

Vincent Vantighem

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Capture d'une photo de Salah Abdeslam.
Capture d'une photo de Salah Abdeslam. — SIPANY/SIPA

« Est-ce qu’il ne va pas se foutre en l’air ? » La voix fragilisée par le manque de sommeil, Patricia Correia n’hésite pas à souffler la question qui la taraude le plus depuis l’annonce de l’arrestation de Salah Abdeslam, vendredi à Molenbeek (Belgique). Car cette femme qui a perdu sa fille, Précilia, lors de l’attaque du Bataclan, le 13 novembre, compte vivement sur l’administration judiciaire et pénitentiaire pour que le terroriste présumé « donne enfin des informations » sur ce qu’il s’est passé.

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Encore faut-il qu’il reste en vie… Alors qu’il va seulement commencer à être auditionné par un juge belge, ce samedi à 12h30, les victimes se posent déjà beaucoup de questions sur les conditions dans lesquelles il va être détenu dans l’attente de son procès. En Belgique d’abord. En France ensuite. « Ce genre de détenu bénéficie d’une surveillance très spéciale, informe Christophe Schmitt, délégué Force ouvrière (FO) au sein de l’administration pénitentiaire. Jour et nuit, des surveillants vont s’assurer qu’il est dans sa cellule et en bonne santé… »

Isolé même lors de la promenade

Pour autant, le risque zéro n’existe pas. Et l’exemple de Yassin Salhi qui s’est suicidé en cellule après l’attaque de Saint-Quentin-Fallavier (Isère) est là pour le rappeler. « Vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un de se suicider s’il en a fait le choix, indique à 20 Minutes Dominique Many, avocat qui a déjà défendu des candidats au djihad. Mais il sera totalement isolé des autres détenus pour éviter les problèmes… »

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Contrairement aux Etats-Unis, les détenus en France et en Belgique ne disposent pas d’un uniforme spécial. « Il conservera ses vêtements qui seront régulièrement vérifiés, poursuit Christophe Schmitt. Et il n’aura aucun contact avec les autres détenus. Même lors de la promenade qu’il effectuera à des horaires différents… »

« Eviter qu’il ne contamine les autres avec ses idées néfastes »

Car l’enfer, ça peut aussi être les autres pour le terroriste présumé. « Il y a d’abord un risque évident d’agressions de la part des autres détenus, explique encore Dominique Many. Et surtout, il faut éviter qu’il ne suscite une certaine adhésion à ses idées. Il est possible que d’autres cherchent à le voir car ils sont fascinés par lui. »

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Une crainte que partage aussi Patricia Correia. « Le pire, ce serait qu’il contamine les autres avec ses idées néfastes », pense-t-elle. Christophe Schmitt se veut rassurant sur ce point. « A moins d’hurler depuis sa cellule pour que d’autres entendent, il n’y aura aucun contact… »

Malgré tout ça, Salah Abdeslam sera un « détenu comme un autre », rappelle le surveillant, avançant que le code de déontologie de la pénitentiaire lui interdit de juger qui que ce soit. Un « détenu comme un autre » aujourd’hui seul capable d’expliquer pourquoi 130 personnes ont été tuées à Paris, un soir de novembre 2015.