Attentats: Pourquoi l'intervention au Bataclan a-t-elle été si longue? La reconstitution doit y répondre

TERRORISME La commission d’enquête parlementaire se rend sur les lieux des attentats du 13 novembre ce jeudi matin pour une reconstitution des faits…

W.P

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Le Bataclan, après les attentats du 13 novembre 2015.
Le Bataclan, après les attentats du 13 novembre 2015. — Miguel MEDINA

C’est ce jeudi, à 9h30, qu’a débutéla reconstitution du drame du 13 novembre 2015 au Bataclan, dans le cadre des travaux de la commission d’enquête parlementaire. Son objectif : « faire toute la lumière » sur la prise d'otages et l’intervention des forces policières et médicales, selon le président de la commission, Georges Fenech. Il devrait notamment être question des moyens d'améliorer les procédures. 

Plusieurs heures avant intervention

Pourquoi a-t-il fallu deux heures aux forces de police pour secourir les otages retranchés dans la salle de spectacle ? « Nous avons demandé aux forces de l’ordre qui sont intervenues, la BRI, le Raid, la police, de venir, a expliqué ce jeudi matin le député Georges Fenech devant la presse. Nous allons voir chronologiquement quelle a été leur intervention, pourquoi il a fallu trois heures entre la première attaque et [la fin de] l’intervention, trois heures pour extraire les dernières victimes. »

Une histoire racontée devant la commission interpelle particulièrement. Le soir des attentats, 40 personnes réussissent à se réfugier dans un local de 9 m², dont la porte est bloquée avec un canapé et un mini-frigo. L’un des terroristes tente de ruser. « Ouvrez, c’est le GIGN », crie-t-il, selon le témoignage d’une victime que relaie Le Figaro. Tiraillées entre méfiance et espoir de voir arriver un sauveur, la quarantaine de personnes décide de ne pas ouvrir, à la suite d’un vote à mains levées.

Les vraies forces d’intervention, arrivées devant la salle après plus de deux heures d’opérations, se heurtent au même refus d'ouvrir. Malgré la transmission d’un mot de passe à l’oral aux personnes retranchées, ces dernières ne font pas confiance à la brigade anti-gang. Finalement, le salut du groupe viendra du courage d’une victime, qui ouvrira la fenêtre de la pièce pour crier dans la rue (« est-ce que c’est vous qui êtes derrière la porte ? On veut sortir ! »). Un épisode qui pose des questions sur l’efficacité et la durée des méthodes des forces de l’ordre, aussi bien au front qu’en retrait.

Les équipes médicales trop lentes ?

Les forces spéciales ne sont pas les seules concernées. Le 13 novembre, les équipes médicales, pourtant sur place, ont mis jusqu’à plusieurs heures avant d’intervenir. Une lenteur compréhensible, alors que trois terroristes se trouvaient à l'intérieur du Bataclan, mais sur laquelle la commission parlementaire s'interroge. « Ça ressemble à un soldat qui est blessé entre deux tranchées en 1916. Vous savez qu’il est là, qu’il a mal. Pour autant, pouvez-vous vous permettre de faire risquer la vie de deux ou trois personnes pour aller le chercher ? », a ainsi demandé froidement le général Philippe Boutinaud, patron des pompiers de Paris, devant la commission d’enquête, d’après un reportage de France Info.

Le sujet est crucial car comme le rappelle le professeur Tourtier, interrogé par le député LR Pierre Lellouche, la moitié des blessés par balles de fusil d’assaut meurent dans les cinq minutes et les trois quarts dans la demi-heure.

Une unité médicale d’élite ?

C’est donc tout le rôle des équipes médicales au cours de ce genre d’interventions qui est remis en cause. Peuvent-elles se permettre de rester en retrait en attendant que le risque de danger de mort retombe à zéro ? « Est-il envisageable d’imaginer une unité d’élite au niveau des secours médicaux qui puisse pénétrer dans la zone d’exclusion ? », s’interroge le professeur. Et de poursuivre que « même à la guerre, quand le médecin pose une perfusion, il ne tient pas un pistolet. » Le patron du Samu est tout de même catégorique sur un point : les médecins doivent apprendre à soigner les blessures de guerre. Un programme de formation serait d’ailleurs déjà en cours de développement.