Affaire Barbarin : Comment Bertrand a découvert qu’il n’était pas la seule victime…

ENTRETIEN Dominique, l’épouse de Bertrand, a raconté à « 20 Minutes » comment toute l’affaire a débuté en décembre…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Bertrand Virieux, 44 ans, aurai été victime d'un prêtre pédophile dans les années 90 dans la région lyonnaise.
Bertrand Virieux, 44 ans, aurai été victime d'un prêtre pédophile dans les années 90 dans la région lyonnaise. — e. Frisullo / 20 Minutes

« C’est quelque chose qui planait continuellement… » Et qui s’abattait ponctuellement sur l’existence de Bertrand et de Dominique, son épouse. Victime, selon lui, des agissements de père Preynat quand il était un jeune scout, Bertrand est l’une des personnes qui accuse aujourd’hui le cardinal Barbarin de « non-dénonciation de crime ».

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Aujourd’hui membre de l’association La parole libérée, Bertrand n’a en réalité découvert qu’en décembre 2015 qu’il n’était pas le seul concerné par cette affaire dont les faits remontent aux années 1986-1991 et qui sont aujourd’hui prescrits. Dominique raconte à 20 Minutes comment toute cette affaire a ressurgi en décembre.

Votre mari vous avait-il parlé des agressions subies dans son enfance ?

Oui, j’étais au courant depuis notre rencontre.Il n’en parlait pas tout le temps. Cela revenait de temps en temps. Notamment quand l’un de nos quatre enfants atteignait l’âge qu’il avait au moment des agressions [8, 9 ans].

Que saviez-vous de cette affaire avant qu’elle ne ressurgisse ?

Nous avions parlé de ça au prêtre qui nous avait mariés il y a dix-huit ans. Il nous avait dit que le père Preynat avait été ‘’éloigné’’ et qu’il n’était plus en contact avec des enfants. Bertrand pensait être la seule victime.

Jusqu’en décembre dernier ?

Oui. Comme cela arrivait de temps en temps, mon mari s’est remis à parler de cette histoire. J’ai repensé à ça. Et étrangement, je me suis demandé si le père Preynat avait vraiment été ‘’éloigné’’. Pour la première fois de ma vie, j’ai tapé son nom sur Google. Et là, j’ai découvert qu’il était toujours en poste ! Ça a été un choc. C’était le 8 décembre 2015.

Qu’avez-vous fait ensuite ?

Rapidement, nous avons découvert que François Devaux [une autre victime] avait créé une association. Bertrand l’avait peut-être croisé étant enfant mais il ne s’en souvenait plus. On l’a contacté par email. Et on a pris une énorme claque. On a réalisé qu’on nous avait endormis. On a réalisé qu’on nous avait menti.

Votre mari s’est rendu compte qu’il n’était pas seul ?

Exactement. Nous avons vu François et ensemble, ils ont essayé de se rappeler des noms des autres scouts quand ils étaient jeunes. Et puis, on a appelé les gens, un par un, au petit bonheur la chance. Vous imaginez comment cela a été compliqué. Appeler quelqu’un que vous ne connaissez pas et lui demander : ‘’Au fait, vous avez été victime vous aussi ?’’

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Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

C’est dur. La médiatisation est éprouvante. Mais nécessaire. Ce qui importe, c’est que les choses bougent. Que ces prêtres ne voient plus d’enfants. Plus jamais…