Affaire Barbarin: Accusée de toutes parts, l’Eglise se défend d’avoir couvert des prêtres pédophiles

JUSTICE Les évêques assurent avoir pris des mesures depuis les années 2000 pour lutter contre la pédophilie dans l’Eglise…

Vincent Vanthighem
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L'archevêque de Lyon, Philippe Barbarin assure qu'il n'a « jamais couvert d'actes de pédophilie dans l'Eglise »
L'archevêque de Lyon, Philippe Barbarin assure qu'il n'a « jamais couvert d'actes de pédophilie dans l'Eglise » — JEFF PACHOUD / AFP

« La vérité est la chasteté de l’âme… » Le cardinal Philippe Barbarin aime à citer Saint-Augustin. Mais cela n’aide pas à calmer la tempête. Déjà mis en cause par d’anciens scouts pour n’avoir pas dénoncé un prêtre pédophile présumé, le primat des Gaules a dû faire face, ce mardi, à de nouvelles accusations.

Elles émanent de Pierre*. Haut placé au ministère de l’Intérieur, cet homme a révélé avoir déposé plainte contre l’archevêque de Lyon pour « mise en danger de la vie d’autrui » après avoir appris qu’un prêtre lyonnais qui l’avait prétendument agressé dans les années 1980 était toujours en poste aujourd’hui et « en contact avec des enfants ».

Un livret Lutter contre la pédophilie diffusé

« Jamais, jamais, jamais, je n’ai couvert le moindre acte de pédophilie », s’est défendu ce mardi Philippe Barbarin lors d’une conférence de presse organisée à Lourdes. La dénégation a beau être puissante et les faits très anciens, l’Eglise de France se retrouve à nouveau au cœur du scandale et surtout d’une enquête judiciaire. Elle pensait pourtant en avoir terminé avec les démons du passé.

« Au début des années 2000, le livret Lutter contre la pédophilie a été très largement diffusé dans les diocèses, explique le père Cédric Burgun, maître de conférences en droit canonique à l’Institut catholique de Paris. En parallèle, les sanctions ont été alourdies année après année. » Mais il a tout de même fallu attendre 2011 pour que la Congrégation pour la doctrine de la foi demande, officiellement, aux religieux de « coopérer avec les autorités civiles » en cas de découverte d’abus sexuels de mineurs.



Condamné en 2007, mis hors de l’église en 2010

A l’époque, Philippe venait tout juste de sortir de prison. Ordonné prêtre en 1981, il a été envoyé en thérapie par ses supérieurs et « changé » de diocèse après plusieurs épisodes d’attouchements sexuels sur des petites filles. « Mais ce ne sont pas mes supérieurs qui m’ont dénoncé, raconte-t-il à 20 Minutes. Il a fallu attendre ma condamnation pénale pour qu’ils me mettent dehors de l’Eglise. Aujourd’hui, je pense tout de même que je ne serais plus ordonné prêtre avec mon profil. »

Sans doute pas en effet. « Désormais, des psychologues sont associés à la formation dans les séminaires afin de déceler les failles psychologiques des futurs prêtres », assure encore le père Cédric Burgun. « Nous avons fait beaucoup, a enfoncé ce mardi Georges Pontier, le président de la Conférence des évêques de France. Même si des ratés peuvent toujours advenir… »

* Le prénom a été changé.