«Air cocaïne»: Christophe Naudin «se sent complètement abandonné par la France», déplore son épouse

INTERVIEW L’épouse du Français emprisonné en République dominicaine pour son rôle dans l'exfiltration des pilotes de l’affaire «Air cocaïne» dénonce le manque de soutiens des autorités…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Christophe Naudin à la cour de Saint-Domingue le mardi 8 mars.
Christophe Naudin à la cour de Saint-Domingue le mardi 8 mars. — Orlando Barría/SIPA

La voix est fatiguée. Mais Michèle Naudin n’est pas prête à baisser les bras. Jeudi, un juge de République dominicaine a ordonné le placement de trois mois en détention provisoire de son mari, Christophe, impliqué dans l’exfiltration, en 2015, des deux pilotes français de l’affaire dite « Air cocaïne ».

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Alors que la prochaine audience est prévue le 2 juin, elle dénonce, dans un entretien à 20 Minutes, le manque de soutien des autorités françaises et fait part du désespoir de son mari.

Avez-vous eu votre mari au téléphone depuis jeudi ? Comment va-t-il ?

Oui, je l’ai eu brièvement au téléphone après l’audience. Paradoxalement, il est un peu soulagé d’avoir quitté l’Egypte tant ses conditions de détention sur place étaient déplorables. De toute façon, il ne se fait guère d’illusions sur son sort en République dominicaine. Il ne croyait pas à sa libération avant l’audience. Pour lui, il est déjà condamné…

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Bénéficiez-vous du soutien des autorités françaises ?

Au niveau consulaire, oui. Nous bénéficions d’un soutien sans faille du consul. Je ne peux pas en dire autant au niveau diplomatique. Je suis extrêmement déçue par les autorités françaises. Quand j’ai découvert que Jean-Marc Ayrault [le ministre des Affaires étrangères] s’était rendu en Egypte cinq jours seulement après son extradition et qu’il n’avait même pas délivré de message de protestation, j’ai été blessée ! En tant que citoyenne, je m’interroge…

Le Caire (Egypte), le 9 mars. Jean-Marc Ayrault lors d'un entretien avec le président égyptien Al-Sissi.
Le Caire (Egypte), le 9 mars. Jean-Marc Ayrault lors d'un entretien avec le président égyptien Al-Sissi. - STRINGER / EGYPTIAN PRESIDENCY / AFP

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire que je ne comprends pas. Christophe est très attaché à son pays. Il l’a toujours défendu et aujourd’hui, il se sent complètement abandonné par la France. Son extradition par l’Egypte ne semble avoir gêné personne.

Envisagez-vous des actions particulières sur ce point ?

Je dois encore faire le point avec l’avocat de Christophe. Mais il n’est pas exclu que nous attaquions l’Egypte après les irrégularités constatées lors de son extradition. Ils ont tout de même attendu qu’il soit dans l’avion pour la République dominicaine avant de prévenir son avocat et le consul !

De quel œil voyez-vous la procédure en République dominicaine ?

Nous savons que le pays est en période électorale et que les autorités doivent envoyer un message de fermeté à l’attention de l’opinion publique. Nous l’avons vu lors de l’audience de jeudi. Ils ont tenté d’associer Christophe à des histoires de drogue. On est dans la folie la plus totale.

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Il va être détenu au centre de Najayo. Allez-vous pouvoir lui rendre visite ?

Oui. J’attends de connaître dans quelles conditions il va être détenu. Il ne veut pas que je vienne le voir. Mais j’irai. Il a honte de ce qu’il est devenu. Il se sent sale. Par exemple, il ne supportait pas d’avoir la barbe en arrivant en République dominicaine, lui qui est toujours rasé de près.

La cour du centre pénitentiaire de Najayo (République dominicaine) où Christophe Naudin a été placé en détention provisoire.
La cour du centre pénitentiaire de Najayo (République dominicaine) où Christophe Naudin a été placé en détention provisoire. - Ramon Espinosa/AP/SIPA

De votre côté, vous arrivez à tenir le choc ?

Mon employeur est compréhensif et me soutient énormément. Et puis j’ai deux enfants. L’un d’eux doit passer le bac en juin. Christophe ne veut pas qu’il plante son avenir à cause de lui. On se soutient. On en parle tous les jours. Ce sont eux qui me portent en ce moment.