Se lever aux aurores, la nouvelle solution miracle, vraiment?

BIEN-ÊTRE Le best-seller américain «The Morning Miracle», qui recommande de se lever plus tôt pour réussir dans la vie, paraît ce jeudi en France...

Laure Cometti

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Avant, le matin ressemblait à un long combat entre votre réveil et votre main endormie tâtonnant vers la table de chevet à la recherche du bouton « snooze » de votre réveil (ou plus probablement de votre smartphone).. La nouvelle tendance, c’est de se lever tôt, entre 5 heures et 8 heures, et d’un bond. Ce n’est pas une méthode de torture masochiste mais la recette du succès selon Hal Elrod, auteur du best-seller américain The Miracle Morning [« Le matin miracle » en anglais] qui sort en France ce jeudi*.

Les dangers des carences de sommeil

Pour accéder au bien-être personnel et à la réussite professionnelle, il faudrait renoncer au snooze et aux grasses matinées selon The Morning Miracle. Interdiction de se lever après 8 heures, enjoint l’auteur qui sort du lit entre 4 et 6 heures pour suivre un rituel bien rempli : méditer, lire, écrire, faire du sport et se fixer des objectifs. Si vous n’êtes pas convaincu, il brandit les exemples de la rédactrice en chef de Vogue Anna Wintour qui joue au tennis dès 5h45 ou du PDG d’Apple Tim Cook qui envoie des mails dès 4h30. De quoi entretenir l’idée répandue selon laquelle les génies dorment peu et « le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt ».

Mais sortir du lit dès potron-minet, est-ce vraiment bon pour la santé ? « Se lever très tôt n’est pas sans risques. La privation de sommeil accroît les risques d’obésité, de diabète, de problèmes cardiovasculaires et d’accidents », met en garde Damien Léger, médecin des hôpitaux de Paris, président de l’lInstitut National du Sommeil et de la Vigilance de l’Hôtel-Dieu de Paris. Attention à ne pas descendre sous la barre des sept heures de sommeil (pour les adultes).

Ne pas « désynchroniser » son horloge naturelle

Vous n’êtes pas du matin ? Pas de problème, Hal Elrod a des astuces pour que l’adepte du snooze que vous êtes bondisse désormais de son lit dès la première sonnerie du réveil. Mais est-ce si simple que cela ? « Non, c’est anti-naturel », répond Damien Léger. « Notre sommeil est dirigé par notre horloge interne qui conduit aussi nos rythmes cardiaque et respiratoire, notre croissance, notre température. La désynchroniser n’est pas bon pour la santé ». Si vous y tenez, vous pouvez avancer votre réveil, « mais pas plus d’un mois, et de préférence l’été ».

Si vous faites partie des 10 % des personnes qui se couchent après minuit, il y a donc peu de chances que vous rejoigniez le club des 10 % qui se lèvent naturellement avant 7 heures, et encore moins celui des 2 % qui se contentent de moins de six heures de roupillon (grâce à un facteur génétique). Pour savoir à quelle catégorie vous appartenez, il faut observer votre heure de lever au cours de la deuxième semaine de vacances.

Si vous regrettez d’être un(e) invétéré(e) couche-tard, sachez que se lever tôt n’est pas forcément la clé du bonheur. « Certains de mes patients se réveillent à 4 heures et se couchent à 21 heures. Ce n’est pas très drôle pour eux : le matin, ils s’ennuient, et le soir, ils se privent de moments en famille ou entre amis », raconte Damien Léger.

Un privilège de cadres ?

Pourtant la méthode d’Hal Elrod, d’abord publiée en 2012, a fait des dizaines de milliers d’adeptes dans le monde. Et elle commence à séduire l’Hexagone, où les activités « before work » fleurissent.

Ce succès ne surprend pas le sociologue Nicolas Marquis**, de l’université Saint-Louis Bruxelles, qui a étudié la diffusion des livres de développement personnel, dont les classes moyennes et supérieures sont particulièrement friandes. « Depuis une dizaine d’années en France, les lecteurs sont plus réceptifs au message selon lequel un individu doit gérer sa vie comme une entreprise, autonome et efficace ».

En outre, la journée de travail s’allonge, faisant du petit matin le dernier refuge pour du temps personnel. Mais pas pour tout le monde. « Se lever à 5 heures du matin reste une réalité pour les travailleurs, moins qualifiés, qui nettoient notamment les bureaux des lecteurs potentiels de The Morning Miracle pendant que ceux-ci dorment encore », écrit la sociologue Anne DujinD’après les études de l’Insee, les diplômés commencent à travailler plus tard et finissent plus tard, tandis que les moins diplômés sont plus nombreux à travailler dès 5 heures. Une lutte des classes sur l’oreiller ?

Selon Nicolas Marquis, ce livre est symptomatique de notre société capitaliste. « L’auteur propose d’internaliser les conséquences des journées de travail qui s’allongent en rognant sur notre capital sommeil pour faire fructifier notre capital professionnel. Dans notre société, le sommeil, c’est du temps perdu », conclut-il.

Morning Miracle. Offrez-vous un supplément de vie !, éditions First, 2016.

** auteur de Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel, Paris, Presses universitaires de France, 2014.