Crise des migrants: «A Grande-Synthe, nous voulons proposer un autre modèle»

INTERVIEW À Grande-Synthe, un camp créé par Médecins Sans Frontières (MSF) et la mairie a ouvert ce lundi. André Jincq, responsable adjoint des programmes de l’ONG, répond aux questions de «20 Minutes»…

Propos recueillis par Laure Cometti

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Les premiers migrants arrivent au camp de Grande-Synthe, le 7 mars 2016.
Les premiers migrants arrivent au camp de Grande-Synthe, le 7 mars 2016. — FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Le millier de personnes installées dans le camp illégal de Basroch va pouvoir dès ce lundi s’installer dans un camp aux normes internationales à Grande-Synthe, près de Dunkerque. Cette initiative, première du genre en France, est menée par la mairie et l’organisation Médecins sans frontières (MSF). Le responsable adjoint des programmes André Jincq a répondu aux questions de 20 Minutes.

Comment ce camp de migrants a-t-il été conçu et mis en place en deux mois ?

MSF explorait cette piste près de Calais, puis nous avons trouvé un terrain à Grande-Synthe. La mairie souhaitait également l’aménager. Nous avons présenté notre projet fin 2015 puis nous avons installé le camp assez rapidement, en deux mois environ. Nous voulions faire vite, car les migrants sont dans un camp avec les pieds dans la boue, par grand froid, mais nous souhaitions aussi faire les choses bien, c’est-à-dire respecter la loi, les normes, et faire un travail de prévention et de sensibilisation auprès des habitants.

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C’est le premier camp « en dur » pour les migrants en France. MSF veut-elle montrer l’exemple ?

Nous souhaitions créer un camp avec une vraie gestion sanitaire pour que les migrants puissent vivre un peu mieux, avec dignité. Nous ne voulons pas juger l’attitude de tel ou tel acteur, mais on ne peut décemment pas maintenir les réfugiés, qui ont subi la guerre, la violence de l’exode, dans des conditions telles que celle du camp de Basroch. C’est un marécage, avec de grandes mares et des monticules de déchets entre lesquels les enfants jouent.

A Grande-Synthe, nous voulons proposer un autre modèle, pour accueillir décemment ces migrants et aussi pour apaiser les tensions avec les riverains. Le sol a été drainé, il y a des maisons en bois chauffées, des tentes, un accès à l’eau chaude, pour qu’ils puissent prendre des douches, et un système de récupération des eaux usées.

Le gouvernement était apparemment défavorable à votre projet. Cela a-t-il affecté votre travail ?

Le gouvernement a été informé du projet dès le départ et a été régulièrement mis au courant de son évolution, notamment pour discuter des normes de sécurité. Nous souhaitons qu’il soit réceptif à une autre façon d’accueillir les migrants. Quant à la préfecture, elle nous a garanti qu’il n’y aurait pas de pression policière autour du camp.

Comment avez-vous financé la création du camp et qui prendra en charge son fonctionnement à moyen terme ?

Le camp a été principalement financé par des fonds propres de MSF. Les coûts de fonctionnement vont probablement être assumés par la mairie et la région. Nous avons conçu des installations pérennes en essayant de limiter les frais d’entretien au possible. A terme, le camp sera géré par l'association Utopia 56 et MSF donnera des consultations, prodiguera des soins infirmiers et de santé mentale.