VIDEO. Crise des migrants: Les commerçants de Calais sont venus à Paris pour crier leur ras-le-bol

REPORTAGE Environ 450 Calaisiens sont venus ce lundi à Paris pour réclamer une compensation financière dans un contexte de crise migratoire qui s'est installé depuis des années...

Laure Cometti
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Victor, Calaisien qui travaille dans le secteur pharmaceutique, est venu manifester devant le ministère de l'Economie à Paris, le 7 mars 2016, pour demander des aides financières pour la ville touchée par la crise migratoire et aussi
Victor, Calaisien qui travaille dans le secteur pharmaceutique, est venu manifester devant le ministère de l'Economie à Paris, le 7 mars 2016, pour demander des aides financières pour la ville touchée par la crise migratoire et aussi — L. Cometti / 20 Minutes

« J’aime Calais » : le slogan, imprimé sur des t-shirts blancs marqués d’un cœur rouge, se veut enthousiaste. Mais les 450 Calaisiens venus manifester ce lundi à Paris sont aussi en colère. A défaut de réussir à faire venir le président François Hollande dans leur ville, ils sont venus manifester sous les fenêtres du ministère de l’Economie et des Finances et sur l’esplanade des Invalides à Paris avec un double objectif : obtenir une aide financière de l’Etat pour compenser le coût économique de la crise migratoire et redorer le blason de Calais.

« On ne parle de Calais qu’en mal »

Quelques drapeaux bleu-blanc-rouge et bleu et blanc (aux couleurs du Calaisis), colorent le cortège rassemblé à Bercy. Robert Carpentier, 83 ans, est venu avec ses petits-enfants. Lui qui a dirigé une entreprise de transport estime que ce secteur économique n’a jamais autant souffert « à part bien sûr pendant la guerre ». « On est là pour défendre notre belle ville qui fait peur car on ne parle de Calais qu’en mal. On perd des touristes, alors qu’on a des plages formidables », déplore l’octogénaire. Sa petite-fille Claire, 26 ans, serveuse dans un restaurant à Brêmes-les-Ardres, constate que les commerces de ce village voisin sont aussi sérieusement affectés. Avec Pascal, 28 ans, elle est venue à Paris pour « donner une autre image de Calais ».

A quelques mètres de là, Eric distribue justement un dépliant de l’office de tourisme du Calaisis vantant les charmes de la côte d’Opale et un programme des événements culturels prévus en 2016 à Calais. « ça donne envie d’y aller », acquiesce un employé du ministère en parcourant la brochure avant de retourner au bureau. Un encouragement bienvenu pour Eric. A 53 ans, ce plaquiste s’est retrouvé au chômage il y a sept mois après la faillite de son employeur.


« Certains mois, on ne peut pas se verser de salaire »

Tous les secteurs sont touchés. Philippe et Marie, à la tête d’une crêperie dans le centre-ville depuis 17 ans, observent depuis huit mois une baisse de leur chiffre d’affaires de 30 %. « Certains mois, on ne peut pas se verser de salaire », précise timidement la quinquagénaire qui se dit un peu déçue du nombre de manifestants. « J’aurais aimé que plus de commerçants se mobilisent pour une opération "Calais ville morte" ».

« Comment l’économie peut-elle tourner normalement alors que dès 18h30 il n’y a presque plus personne dans les rues à cause de l’insécurité », déplore Victor, 38 ans. Comme beaucoup de Calaisiens, il a déjà assisté, « choqué », à de violentes altercations entre « clandestins » et chauffeurs routiers sur l’autoroute A16. Lorsque de tels incidents bloquent la circulation, « on perd un tiers de notre chiffre d’affaires du jour », témoigne une employée du magasin La Foir’Fouille situé en bordure de l’autoroute. « Certains clients, notamment belges, m’ont confié qu’ils avaient hésité à venir par peur de la violence ».

Des aides fiscales

Un manque à gagner important pour les commerçants calaisiens qui veulent un moratoire fiscal et la création d'une zone franche. « On a besoin d’aides fiscales et du maintien des projets d’avenir pour le port », revendique par conséquent Frédéric Van Gansbeke, président du collectif des entreprises et commerces du Calaisis.

Les conséquences de la crise des migrants pour les commerçants calaisiens, Jean-Yves Boulogne les connaît malheureusement bien. « Je suis en deuxième ligne », estime cet agent qui assure des commerces locaux. « Beaucoup ont des problèmes de paiements ou sont en liquidation. Je suis ici par solidarité avec mes clients et aussi car je risque d’être directement affecté par la crise. Et puis je suis né à Calais et cela me fait de la peine de voir qu’un commerce sur deux a fermé », lâche-t-il.


Après une bonne heure à battre le pavé à Bercy, les 450 manifestants remontent en bus, direction l’esplanade des Invalides, deuxième étape de la mobilisation, tandis que la maire Natacha Bouychart et sept délégués du Grand rassemblement du Calaisis se dirigent vers l’Elysée pour rencontrer un proche conseiller de François Hollande.


Dans le bus des dockers, l’ambiance est festive malgré les perspectives économiques très moroses pour le port. Ce soir, ils rentreront à Calais sans savoir s’ils travailleront mardi. « Chaque jour on attend qu’on nous appelle pour du boulot. Mais ces derniers mois le téléphone ne sonne pas beaucoup », lâche Kevin.