EDF: Démission du directeur financier, en désaccord sur le projet d'EPR anglais

NUCLEAIRE Thomas Piquemal avait déjà prévenu du risque financier que représentait le projet de centrale nucléaire de troisième génération au Royaume-Uni…

H. B. avec AFP

— 

Thomas Piquemal, le directeur financier d'EDF, le 16 février 2016 à Paris
Thomas Piquemal, le directeur financier d'EDF, le 16 février 2016 à Paris — JACQUES DEMARTHON AFP

Le projet de réacteur nucléaire à Hinkley Point en Angleterre a du mal à convaincre, même en interne. Le directeur financier d’EDF, Thomas Piquemal, a démissionné. Il conteste la faisabilité du projet de l’EPR anglais.

>> A lire aussi : L'EPR peut-il vraiment être dangereux?

EDF a confirmé ce lundi son départ et annoncé son remplacement « à titre provisoire » par Xavier Girre, jusqu’ici directeur financier pour la France de l’électricien. Cette démission a fait plonger ce lundi matin le titre du géant de l’électricité à la Bourse de Paris : à 9h06, la valeur perdait 8,13 % à 9,97 euros, alors que l’indice Cac 40 lâchait 0,43 %.

« Il faut prendre ses responsabilités »

Le désaccord porte « sur la faisabilité à court terme » de ce projet gigantesque de 18 milliards de livres (23,2 milliards d’euros), pour lequel le géant français de l’électricité tarde à prendre une décision finale d’investissement, ultime étape pour sa concrétisation.

Le directeur financier ne souhaitait pas précipiter ce projet qui inquiète les syndicats du groupe détenu à 84,5 % par l’Etat français. « Il a estimé qu’à un moment, il fallait prendre ses responsabilités », a-t-elle précisé. EDF n’a pas souhaité faire de commentaire.

>> A lire aussi : Areva a perdu deux milliards d'euros en 2015

Les syndicats craignent que le coût de la construction de deux réacteurs EPR, dans le sud-ouest de l’Angleterre, ne menace l’existence d’EDF et demandent le report du projet, après la signature en octobre 2015 d’un accord commercial avec l’entreprise publique chinoise CGN, qui doit supporter un tiers du financement.

« L’EPR, une impasse économique » pour Jean-Vincent Placé

Pour Jean-Vincent Placé, secrétaire d’Etat écologiste à la Réforme de l’Etat, Thomas Piquemal « n’est pas un anti-nucléaire, il n’est pas pour la sortie du nucléaire. Et pourtant il dit ce que nous disons depuis 15 ans, c’est-à-dire que l’EPR est une impasse économique, industrielle et commerciale ».

« Je le dis et je l’assume. Triplement du coût de Flamanville, le réacteur finlandais on ne sait pas où on en est (…), et la fuite en avant à Hinkley Point (Angleterre), sur un sujet aussi lourd, cela doit interroger la stratégie d’EDF ». « Je le dis très clairement, cet argent, ces milliards, ils seraient bien mieux sur les énergies renouvelables, bien mieux sur la recherche et développement… ».

>> A lire aussi : EDF songe à convertir son parc au nouveau modèle d'EPR

Lors de la publication des résultats annuels d’EDF mi-février, le PDG Jean-Bernard Lévy avait assuré que cette décision finale était « très proche ». La France et la Grande-Bretagne avaient réaffirmé jeudi dernier leur attachement au projet, qualifié de « pilier » de leur relation bilatérale.