VIDEO. Air Cocaïne: «Ce n'est pas Christophe Naudin, c'est Pablo Escobar qu'on a arrêté en République dominicaine»

INTERVIEW Christophe Lekieffre, président de l'association de soutien à Christophe Naudin, fait le point sur le sort de son ami, extradé en République dominicaine...

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

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Christophe Naudin à son arrivée à Saint-Domingue, en République dominicaine, le 4 mars 2016.
Christophe Naudin à son arrivée à Saint-Domingue, en République dominicaine, le 4 mars 2016. — STR ES / afp

Christophe Naudin est de retour sur le sol dominicain. Mais cette fois, l’expert en sûreté aérienne ne sera pas entendu comme témoin de la défense des pilotes accusés de trafic de drogue dans l’affaire Air Cocaïne, comme cela lui est arrivé à plusieurs reprises par le passé. Le Français, qui a reconnu avoir participé à l’exfiltration des deux hommes en octobre, devrait être mis en examen ces prochaines heures, avant un procès dont ses proches craignent le pire. Le président de l’association de soutien à Naudin, Christophe Lekieffre, revient sur le sort de son ami de quinze ans pour 20 Minutes.

Quelles nouvelles avez-vous de Christophe Naudin depuis son arrivée en République dominicaine ?

Son épouse, Michèle, l’a eu brièvement au téléphone ce matin à son arrivée à Saint-Domingue. Le consul l’attendait à l’aéroport. Christophe a raconté une chose qui nous attriste et nous révolte : avant son départ, les policiers égyptiens lui ont dit « Félicitations, vous rentrez en France ». Ce n’est qu’une fois dans l’avion qu’il a appris, par deux policiers dominicains, qu’il partait en fait pour Saint-Domingue. Là-bas, l’humiliation a commencé. Il suffit de voir la photo prise par l’AFP : on y voit Christophe avec un gilet par balles, entouré de militaires casqués et armés de fusils-mitrailleurs. C’est Pablo Escobar qu’on a arrêté !

Que s’est-il passé en Egypte ? Vous aviez déposé un recours, puis Christophe Naudin a été rapidement extradé…

Le recours n’a pas eu le temps d’être étudié. Les médias et le ministère des Affaires étrangères donnent l’impression de croire que les critères judiciaires et démocratiques sont les mêmes en France qu’en Egypte ou en République dominicaine. Ce n’est pas le cas, vous n’avez pas les mêmes moyens de vous défendre selon le pays où vous vous trouvez. Moi je ne mettrai jamais les pieds en République dominicaine. Aujourd’hui, je ne donne pas cher de la peau de Christophe. Le procureur a prévenu qu'il serait condamné à une peine exemplaire. Christophe l’a d’ailleurs dit à sa femme ce matin : « Je ne reviendrai pas ».

Comment pouvez-vous désormais pour lui venir en aide ?

La priorité, c’est sa santé. Christophe doit suivre un traitement qui nécessite régulièrement une hospitalisation ; en France, c’est relativement simple, en République dominicaine, moins, surtout avec la rigueur de l’incarcération qui l’attend. Sa santé s’est déjà dégradée en Egypte. Lors de notre entretien à l’Elysée, l’Etat français s'est engagé à assurer à Christophe une protection consulaire rapprochée, ce qui implique une vigilance quant au suivi de sa santé et de ses moyens de se défendre. De notre côté, nous devons lui trouver un avocat sur place. Et puis nous allons continuer à expliquer l’affaire et le rôle qu’y a joué Christophe. Nous voulons faire comprendre qui il est : un homme qui a ramené deux innocents en France pour les mettre à la disposition de la justice française. Peut-être que les gens comprendront quand la justice française délivrera ses conclusions...