Stéphane Le Foll: «Le consommateur a la possibilité de donner la priorité à ce qui est issu de l’élevage français»

INTERVIEW Au cœur d’un Salon de l’agriculture mouvementé, le ministre rappelle que les consommateurs ont leur part de responsabilité dans le soutien à l’élevage…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, le 29 février 2016 au Salon de l'agriculture.
Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, le 29 février 2016 au Salon de l'agriculture. — LEWIS JOLY/SIPA

Les éleveurs en colère, les attaques de l’opposition et les sondages négatifs ne lui font pas peur. Stéphane Le Foll a mangé une entrecôte au petit-déjeuner et il est prêt à ne faire qu’une bouchée de ses détracteurs. Dans un Salon de l’agriculture plus agité que jamais par la crise de l’élevage, le ministre veut bien « boire tout le vin et manger toute la viande que je peux » mais il rappelle que le consommateur a aussi un rôle à jouer dans le soutien aux filières françaises.

Le Salon de l’agriculture se termine dimanche, quel bilan tirez-vous de cette édition tendue ?

Nous sommes dans un contexte difficile, comme nous l’avons vu pendant l’inauguration, je n’ai jamais caché que l’élevage français traverse une crise. L’ambiance n’est pas à la fête, elle est quelques fois à la colère et au doute. Quand on est à la tête du ministère de l’Agriculture, il faut donc être là pour rassurer et donner des perspectives. En même temps, on est obligé de prendre des mesures conjoncturelles et pour cela nous avons rencontré mercredi le commissaire européen à l’Agriculture. Il a été à l’écoute mais il a aussi ses propres idées sur la régulation du marché. Je vais maintenant chercher avec d’autres ministres à peser encore, avec mon collègue belge que je rencontre ce jeudi, avec l’Allemagne, et j’irai aussi aux Pays-Bas car nous sommes sous présidence néerlandaise de l’Union européenne pour les 6 mois qui viennent.

Vous avez été personnellement attaqué par la droite, qui vous reproche de n’être ministre de l’Agriculture qu’à mi-temps en raison de votre fonction de porte-parole du gouvernement. Comment réagissez-vous à ces critiques ?

Ce sont ceux qui ont mis en place la fin des quotas laitiers, sous présidence française de l’Union européenne, et qui ont voté la loi de modernisation de l’économie qui donne beaucoup de pouvoirs à la grande distribution, qui viennent aujourd’hui me dire ce qu’il faudrait faire ! Il aurait fallu qu’ils fassent eux aussi leur part pour éviter de se retrouver dans cette situation. Par ailleurs, ils reprennent tous le même slogan : sous prétexte que je suis porte-parole, je ne m’occuperais pas à plein-temps de l’agriculture. Je travaille toute la journée, je suis ministre à plein-temps, de tôt le matin à tard le soir, et ça n’a pas été le cas de ceux qui donnent aujourd’hui des leçons. Je veux bien discuter sur le fond mais je ne considère pas que ces reproches soient fondés, c’est de la politique politicienne et les pompiers pyromanes ne peuvent pas aujourd’hui venir nous dire comment éteindre l’incendie qu’ils ont eux-mêmes largement contribué à allumer.

Cet incendie, comment comptez-vous l’éteindre ?

La sortie de crise était l’enjeu des négociations commerciales avec les industries et la grande distribution, sur lesquels on a pesé pour éviter qu’ils continuent leur bataille pour faire baisser les prix. Sur le lait, les prix se sont stabilisés. Ça ne résout pas le problème mais c’est déjà un signal pour les producteurs laitiers.

Les éleveurs se heurtent malgré tout à des acheteurs qui continuent à ne pas payer la viande à un prix suffisant. Que comptez-vous faire de plus ?

On peut assurer un prix un peu plus élevé si on sait s’organiser. C’est tout l’enjeu de ce jeudi au Salon, avec la journée des produits de France : nous essayons de mettre en place une traçabilité pour que le consommateur puisse aussi, par ses choix, aider les éleveurs français. Le sondage du Parisien paru samedi disait : Le Foll est un mauvais ministre parce qu’il n’a pas assez pressé la grande distribution, parce que les consommateurs n’achètent pas assez français. Or j’ai mis en place des outils qui permettent à ceux qui le veulent d’acheter français : le logo « viande de France » assure que l’animal est né, a été élevé, abattu et transformé en France. Le consommateur a ainsi la possibilité de donner la priorité à ce qui est issu de l’élevage français avec toutes les garanties de qualité, de normes environnementales, de bien-être et de normes sociales.

Pour les produits transformés, il va falloir faire plier l’Union européenne pour apposer l’origine des ingrédients, que les industriels ne sont pas tenus d’indiquer ?

Nous avons déposé et notifié à l’Europe un décret qui permettra d’imposer à des industriels français d’indiquer l’origine des viandes et du lait utilisés dans les produits transformés. Ce que nous demandons, c’est que l’Europe nous autorise par dérogation à mener une expérimentation au terme de laquelle on s’engage à faire un bilan.

Est-ce que les débats au niveau européen peuvent aller assez vite par rapport à la situation d’urgence dans laquelle se trouvent les éleveurs ?

Il faut faire bouger 28 pays… Mais on l’a déjà fait : j’ai imposé un conseil extraordinaire qui a permis de débloquer 500 millions d’euros au niveau européen, dont 63 millions d’euros pour la France. Mais j’avais alors dit que ce ne serait pas suffisant pour résoudre le problème parce qu’il est largement lié à une surproduction. Nous avons aussi mis en place des plans de soutiens qui représentent aujourd’hui 300 à 400 millions d’euros auxquels se sont ajoutés 700 millions d’euros supplémentaires de baisses de cotisations annoncées par le Premier ministre en début d’année. On va atteindre 2,4 milliards de baisses de cotisations, un niveau jamais atteint en termes de soutien et de baisses de cotisations pour redonner de la compétitivité à l’agriculture.

Aujourd’hui, quelles sont les perspectives d’avenir pour les éleveurs ?

Nous développons la contractualisation et je suis très fier des accords signés, en particulier celui avec McDonald’s qui s’est engagé à acheter 9.100 tonnes de poulets nés, élevés et abattus en France pour fabriquer l’ensemble de leurs nuggets. Ces contrats donnent trois ans de visibilité et de stabilité aux éleveurs sur les volumes et les prix, avec en plus un cahier des charges qui précise que la viande doit être sans OGM et sans antibiotiques. Ce type de contrat s’est fait aussi sur le porc avec Herta et Intermarché. A plus long-terme, nous voulons aussi développer l’ agro-écologie et l’autonomie fourragère car nous avons en France de la surface et un fort potentiel de production fourragère. C’est un atout par rapport à d’autres pays et je suis convaincu qu’il y a là un enjeu spécifique pour la France.