VIDEO. Crise des migrants: «Les frontières apparaissent plus importantes que les vies humaines»

INTERVIEW Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France, répond à «20 Minutes» après la publication du rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Manifestation anti-migrants à Calais, le 6 février 2016.
Manifestation anti-migrants à Calais, le 6 février 2016. — SIPA

>> A lire: Le rapport d'Amnesty International 2015-2016 sur la situation des droits humains dans le monde

Etat d’urgence et lutte contre le terrorisme, crise des réfugiés, persistance des discriminations, l’association Amnesty International jette un coup de projecteur sur les droits humains en France en 2015 dans son rapport annuel, publié mardi. Retour sur la situation dans l’Hexagone, de l'état d'urgence aux migrants de Calais, avec Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France…

Amnesty International critique les mesures prises dans le cadre de la lutte contre le terrorisme en France. Pourquoi ?

Le discours de l’Etat a changé, et l’on est en train de changer de paradigme. On nous explique qu’il faut trouver un équilibre entre la sécurité et les droits humains, en renforçant toujours plus la sécurité. Le message est que l’on va être moins exigeant sur les droits humains,. C’est pour nous un discours extrêmement dangereux, car les droits humains sont inaliénables.

>> A lire: Le rapport d'Amnesty International 2015-2016 sur la situation des droits humains dans le monde

Que pensez-vous de la prolongation de l’état d’urgence en France ?

Avec la prolongation de la loi sur l’état d’urgence, on s’interroge. Combien de temps va-t-il durer ? Va-t-il être pérennisé ? Pour quelle nécessité ? Car si le droit international prévoit la limitation de certains droits dans un contexte précis, ces limitations ne peuvent être que temporaires. Cette prolongation de l’état d’urgence constitue un risque pour nos droits. Toute normalisation d’un excès est dangereuse.

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Vous pointez du doigt les perquisitions et les assignations à résidence…

De nombreuses perquisitions et assignations à résidence sans contrôle du juge décidées depuis les attentats de novembre ont été motivées par des comportements, et non par des faits. C’est très dangereux et nourrit des abus. Voyez le décalage énorme entre les assignations à résidence, et les poursuites engagées dans le cadre de la lutte contre le terroriste. Le nombre de poursuites est ridiculement bas par rapport aux assignations. Et dire cela ne remet pas en cause la nécessité de la sécurité en France, qui est fondamentale pour tous les citoyens.

 

Pourquoi la France conteste-t-elle les instances judiciaires internationales ?

La France, comme d’autres pays, conteste et remet en cause la légitimité les instances judiciaires internationales de défense des droits humains, telles que la Cour pénale internationale, le Conseil de l'Europe, le système interaméricain des droits humains, ou encore des textes internationaux, comme la convention européenne des droits de l'Homme par exemple. C’est grave, car ces instances internationales, qui gênent les Etats, veillent précisément à protéger les droits de chaque personne.

A propos des réfugiés, vous notez les « conditions de vie indignes » de plusieurs camps en France, comme à Calais

Comme d’autres associations, Amnesty International déplore la situation à Calais. Prenez par exemple la situation des mineurs isolés étrangers ayant des proches en Angleterre, qui est en violation flagrante avec les droits humains. Ces mineurs ont le droit de rejoindre leurs proches, et ce droit leur est refusé. Plus largement, à propos des réfugiés, la France pourrait faire plus, et surtout mieux. Mais il manque une coordination européenne sur ce sujet, car les frontières apparaissent plus importantes que les vies humaines.