«Jungle» de Calais: Où peuvent aller les migrants, dont 300 mineurs, bientôt évacués?

SOCIETE Alors que la «jungle» de Calais doit bientôt être partiellement évacuée, les migrants pourraient rejoindre d'autres sites...

Anne-Laëtitia Béraud

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Des migrants dans la «jungle», un camp près de Calais, le 22 février 2016.
Des migrants dans la «jungle», un camp près de Calais, le 22 février 2016. — Jerome Delay/AP/SIPA

L’évacuation de la partie sud de la « jungle » de Calais pourrait intervenir d’ici quelques jours. Le Premier ministre Manuel Valls a assuré ce mardi que cette évacuation se déroulerait « avec le temps nécessaire » afin d’apporter une « réponse humanitaire » aux migrants. Environ 3.700 personnes vivent dans ce bidonville, selon le dernier décompte de la préfecture du Pas-de-Calais. En cas d’évacuation de ces personnes, où vont-elles partir ? 20 Minutes fait le point…

>> Un Centre d’accueil provisoire (CAP) à Calais

Une partie des migrants évacués de la zone sud de la « jungle » pourrait se rendre dans le Centre d’accueil provisoire (CAP) de Calais, opérationnel en janvier. Cette structure, qui accueille déjà 1.200 personnes selon la préfecture, peut en héberger jusqu’à 1.500 au total dans environ 125 conteneurs aménagés et chauffés. Les mineurs étrangers isolés ont accès à cette structure.

Les containers du Centre d’accueil provisoire de Calais (CAP), le 11 janvier 2016. - PHILIPPE HUGUEN/AFP


Ce centre fait cependant l’objet de critiques de la part des associations. Le Secours Catholique-Caritas France, la Cimade, la FNARS, Médecins du Monde, CCFD-Terre Solidaire, Emmaüs France, ATD Quart-Monde et le Secours Islamique France déplorent dans une lettre adressée jeudi à Bernard Cazeneuve que le centre d’accueil provisoire « est encore largement sous-dimensionné, et que des améliorations en termes de respect de l’intimité des personnes et des conditions de vie sur le site sont fortement requises. »

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>> Les Centres d’accueil et d’orientation (CAO) dans toute la France

Les migrants peuvent ensuite rejoindre les 102 centres d’accueil et d’orientation (CAO), situés un peu partout en France, et gérés par des associations locales. Ces structures proposent un accompagnement dans les démarches administratives et un hébergement temporaire. « Depuis le 27 octobre, 2.667 migrants ont été orientés depuis Calais et Grande-Synthe vers les 102 centres » lors des quatre derniers mois, s’est félicité lundi le ministre de l’Intérieur. Bernard Cazeneuve a rappelé que cet hébergement en CAO n’est que temporaire. Les demandeurs d’asile ont vocation à rejoindre un « Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) ou en Accueil temporaire-service de l’asile (AT-SA) », quand les réfugiés peuvent prétendre à « un logement pérenne de droit commun », a-t-il rappelé.

Des migrants soudanais au Centre d’accueil et d’orientation (CAO) du Mans, le 22 février 2016. - JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP
 

Ces CAO font eux aussi l’objet de critiques. Dans leur lettre adressée au ministre de l’Intérieur jeudi, les huit associations reprochent aux CAO une « mise en œuvre défaillante » et « improvisée ». Parmi les problèmes, figurent l’« absence d’articulation entre les acteurs calaisiens et les CAO ouverts sur le territoire » ou encore le « manque d’information ou désinformation des exilés sur le fonctionnement des CAO créant des situations d’échecs et de retours vers la lande ».

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Par ailleurs, ces centres n’ont pas vocation à accueillir les 300 mineurs isolés étrangers de la « jungle », comme l’a relevé mardi François Guennoc, de l’Auberge des Migrants. Particulièrement démunis, ces mineurs isolés étrangers sont trop souvent empêchés de rejoindre légalement le Royaume-Uni, où ils ont des proches. « Aucune campagne d’information sur leurs droits au rapprochement familial ou au titre de l’asile n’a été proposée [aux mineurs isolés étrangers] », déplorent Médecins du Monde et le Secours Catholique-Caritas France début février. « La carence de l’administration a pour conséquence de rendre impossible la mise en œuvre des demandes d’admission légale au Royaume-Uni pour tous les mineurs y ayant des proches », ajoutent-elles.

>> Eparpillement dans d’autres camps

Le CAP de Calais et les CAO n’intéressent pas de nombreux migrants qui tentent de partir pour l’Angleterre. Selon Vincent De Coninck, du Secours Catholique, « beaucoup de migrants ne veulent pas aller en CAO, car n’ayant pas renoncé à leur projet de rejoindre l’Angleterre, ils ne veulent pas quitter Calais », a-t-il expliqué lors d’un point presse mardi à la « jungle ». « Les expulsions risquent d’entraîner le déplacement des migrants vers d’autres camps dans la région, ce qui ne ferait que déplacer le problème », a ajouté cet humanitaire. Le camp le plus proche dans la région est celui de Grande-Synthe, à proximité de Dunkerque.

Google map de Grande-Synthe, près de Dunkerque. - Google map

>> En Belgique

Crainte réelle ou fantasmée, les autorités belges redoutent un afflux de migrants du côté de leur frontière en cas d’évacuation de la « jungle ». Elles ont annoncé mardi en fin d’après-midi un rétablissement temporaire des contrôles à la frontière avec la France. « On a informé la Commission européenne qu’on va temporairement déroger à Schengen », a indiqué lors d’une conférence de presse le ministre belge de l’Intérieur, Jan Jambon, en référence aux règles de l’espace Schengen de libre-circulation. Lundi, le gouverneur de la province de Flandre-Occidentale a plaidé pour des contrôles systématiques à La Panne, située à la frontière.

Google map de La Panne, en Belgique. - Google map