Polynésie française: François Hollande attendu par les victimes des essais nucléaires français

INDEMNISATIONS Des associations demandant l’indemnisation des victimes des 193 essais nucléaires que la France a conduits dans la région...

T.L.G.

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Des Polynésiens devant le mémorial rendant hommage aux victimes des tests nucléaire en 2014 à Papeete.
Des Polynésiens devant le mémorial rendant hommage aux victimes des tests nucléaire en 2014 à Papeete. — GREGORY BOISSY / AFP

Des ukulélés, des colliers de fleurs, mais aussi des pancartes de manifestants. François Hollande entame ce dimanche un voyage qui doit le conduire à Wallis-et-Futuna puis en Polynésie française. Selon l’Elysée, le déplacement du chef de l’Etat en Polynésie permettra de « solenniser une relation avec la République un peu abîmée et froissée » lors du précédent quinquennat. A Tahiti, le président devrait être accueilli par des associations demandant l’indemnisation des victimes des 193 essais nucléaires que la France a conduits dans la région.

Une vingtaine de victimes indemnisées sur un millier de plaintes

Entre 1966 et 1996, l’Etat français a réalisé 193 essais nucléaires (41 tirs atmosphériques, 137 souterrains et 15 essais de sécurité) sur les atolls de Moruroa et Fangataufa. La loi Morin, adoptée en janvier 2010, permet théoriquement une indemnisation des victimes de cancers liés aux essais. Dans les faits, la loi s’avère cependant très restrictive.

Pour prétendre aux indemnisations, les victimes doivent avoir développé l’un des 21 types de cancers prévus dans la loi. Les malades doivent également prouver avoir séjourné sur « un site concerné par les essais nucléaires », « à une période de contamination effective » et avoir reçu « des doses tangibles » de rayonnements alors que de nombreux travailleurs n’étaient à l’époque pas équipés de dosimètre.

Le ministère de la Défense peut de son côté invoquer un « risque négligeable » pour refouler la plainte. Sur le millier de dossiers de plaintes déposées, seule une vingtaine a fait l’objet d’une indemnisation.

Les associations réclament « des regrets sincères » de l’Etat

Les associations 193 et Moruroa e Tatou demandent une révision de la loi Morin, notamment le retrait de la notion de « risque négligeable ». L’association 193 « attend que l’Etat exprime des regrets sincères quant aux conséquences des essais nucléaires dans le pays. Nous demandons un référendum local qui permettra un réel débat autour des essais nucléaires », indique le père Auguste Uebe Carlson, président de l’association sur France Info.

« De plus en en plus d’enfants, de plus en plus de familles sont touchées par des cancers, des leucémies, des maladies de la thyroïde […] La Polynésie est un beau pays, un paradis mais il ne faut pas oublier que c’est un paradis empoisonné », a-t-il poursuivi. Selon lui, seuls 5 Polynésiens irradiés auraient aujourd’hui été indemnisés.

« Une étude sérieuse sur les maladies transgénérationnelles »

Les deux associations réclament « une étude sérieuse sur les maladies transgénérationnelles ». « On enregistre 540 cas de nouveaux cancers chaque année pour les 260 000 Polynésiens avec des pathologies très atypiques », assure au Parisien Bruno Barrillot, ancien délégué aux conséquences des essais pour le gouvernement de Polynésie. La mortalité infantile serait quatre fois supérieure à la moyenne de la métropole chez les anciens travailleurs de Mururoa, note le quotidien francilien. Des représentants des associations devraient être reçus par des conseillers du président.

Le président devra également faire face aux élus locaux sur la question du nucléaire. Ces derniers espèrent une pérennisation de la « dette nucléaire » (aujourd’hui 150 millions d’euros). Cette rente annuelle accordée par l’Etat à la fin des essais en 1996 a été réduite à plusieurs reprises.