La justice française convoque l'ancien commandant de Guantanamo

JUSTICE Deux anciens détenus français avaient porté plainte pour détention arbitraire et torture...

M.C. avec AFP

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Le général américain Geoffrey Miller à la prison irakienne d'Abou Ghraib en 2004.
Le général américain Geoffrey Miller à la prison irakienne d'Abou Ghraib en 2004. — KHAMPHA BOUAPHANH/AP/SIPA

«Cela fait bizarre de voir le roi de Guantanamo convoqué comme un simple justiciable», commente Nizar Sassi. L'ancien détenu de la prison américaine avait porté plainte, ainsi qu'un autre Français, Mourad Benchellali, pour détention arbitraire et torture. C'est dans ce cadre que la justice française a convoqué pour le 1er mars le général Geoffrey Miller, ancien commandant de Guantanamo, ont indiqué les deux anciens prisonniers, confirmant une information de Libération.

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Nizar Sassi et Mourad Benchellali avaient été arrêtés par les forces américaines en Afghanistan avant d'être transférés à Guantanamo, où ils ont été détenus de fin 2001 à 2004 et 2005 avant d'être renvoyés en France. Ils avaient appuyé leur plainte par un rapport du Centre pour les droits constitutionnels (CCR), dont le siège est à New York, et du Centre européen pour les droits de l'Homme et constitutionnels (ECCHR), qui détaillent les mauvais traitements infligés à Guantanamo et la responsabilité du général Miller.

Postures contraintes ou dégradantes et utilisation agressive de chiens

Deux juges avaient initialement rejeté cette audition réclamée par les deux hommes. Ce rejet avait été contesté devant la cour d'appel de Paris, qui leur avait donné gain de cause en avril 2015. Cette convocation devant une juge d'instruction n'est toutefois pas accompagnée de moyen coercitif et rien ne dit que Geoffrey Miller y répondra. Commandant de Guantanamo de novembre 2002 à avril 2004, celui-ci a pris sa retraite en 2006 après 34 années dans l'armée, selon la demande des plaignants.

Un rapport de la commission sénatoriale des Forces armées américaines, publié en 2008, indique qu'il existe des preuves que certaines techniques d'interrogatoire, telles que placer les détenus dans des postures contraintes ou dégradantes ou l'utilisation agressive de chiens ont été employées lorsque Guantanamo était sous le commandement du général Miller.

Un an d'emprisonnement ferme

La base américaine de Guantanamo a commencé à recevoir les suspects de terrorisme quatre mois après les attentats du 11 septembre 2001. A son pic d'activité en 2003, elle a accueilli jusqu'à 680 prisonniers qui pouvaient y être enfermés hors toute procédure judiciaire. Ils étaient encore 91 fin janvier. L'administration Obama cherche depuis 2009 à fermer cette prison controversée mais se heurte à l'opposition du Congrès.

Nizar Sassi et Mourad Benchellali ont été définitivement condamnés par arrêt de la Cour de cassation en 2014 à un an d'emprisonnement ferme pour avoir rejoint entre 2000 et 2001 l'Afghanistan avec des visées djihadistes.