Juliette Méadel: «Mon objectif est de régler une majorité de dossiers de victimes d'ici à l'automne»

ENTRETIEN Nouvelle secrétaire d’Etat chargée de l’aide aux victimes, Juliette Méadel détaille les contours de sa mission, en exclusivité, à « 20 Minutes »…

Vincent Vantighem

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Juliette Méadel, la nouvelle secretaire d'Etat aux victimes, le 18 février 2016.
Juliette Méadel, la nouvelle secretaire d'Etat aux victimes, le 18 février 2016. — VILLARD/SIPA

Elle a rencontré les victimes du Bataclan avant même son premier Conseil des ministres. Nommée secrétaire d’Etat chargée de l’aide aux victimes lors du dernier remaniement, Juliette Méadel a conscience de l’ampleur de la tâche qui l’attend alors que la France est toujours sous la menace de nouveaux attentats. Quatre jours après son arrivée au sein du gouvernement, l’ancienne porte-parole du Parti socialiste a choisi de détailler, en exclusivité à 20 Minutes, les contours de sa mission.

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Comment avez-vous appris et réagi à votre nomination au gouvernement ?

J’ai d’abord reçu un coup de téléphone du président de la République. Puis du Premier ministre. C’était une très belle surprise. Quand on est engagé en politique depuis plus de vingt ans, et que l’on vous propose de servir votre pays, on ne peut qu’en être très honorée. Et puis le contenu du secrétariat d’Etat m’a tout de suite intéressée parce qu’il répondait à un besoin concret : l’aide aux victimes d’attentats et d’accidents collectifs.

Justement, vous êtes chargée de l’aide aux victimes. Quel est le champ exact de votre mission ?

Elle consiste à répondre aux besoins des victimes (blessés physiques, psychologiques, proches…) d’attentats et d’accidents collectifs. Si on prend l’exemple des attentats du 13 novembre, ce sont 4.000 dossiers qui sont à l’étude pour une prise en charge par les services publics. Le secrétariat d’Etat doit s’occuper d’accompagner et de soutenir, le plus rapidement et le mieux possible, ces victimes.

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Cela concerne donc également, comme je le disais, les victimes d’accidents collectifs, c’est-à-dire les accidents industriels, de catastrophes naturelles, de crashs aériens… Notre société a besoin de se sentir protégée dans ces situations exceptionnelles. L’ensemble des services publics (les policiers, les gendarmes, les pompiers, la sécurité civile, les médecins, les magistrats…) agissent de manière exemplaire. Mais il y a encore des progrès à faire. Mon rôle sera de mettre de l’huile dans les rouages administratifs, de faciliter les échanges d’information.

De quels moyens allez-vous disposer, pour cela ?

Des moyens financiers et humains que la République consacre à l’aide aux victimes depuis de nombreuses années. La politique coordonnée d’aide aux victimes a été renforcée la veille des attentats du 13 novembre, lorsque le Premier ministre a permis la création, le soir même, de la cellule de crise regroupant les services de la Santé, de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères afin de prendre en charge les victimes. Je m’appuierai donc sur cette cellule.

C’est votre premier poste ministériel. Saurez-vous vous imposer vos choix à ces grands ministères ?

Mon ambition est de rassembler toutes les énergies disponibles pour protéger, accompagner et soutenir les victimes en leur facilitant le retour à une vie normale, notamment en simplifiant leur relation avec l’administration. Je suis avocate de formation et je sais ce qu’est défendre une cause. L’aide aux victimes est une grande cause.

Certaines associations redoutent que vous ne soyez qu’une « ministre de l’empathie ». Que leur répondez-vous ?

Mardi soir, à l’occasion du concert à l’Olympia des Eagles of Death Metal, j’ai rencontré des victimes des attentats et des associations de victimes. Leur témoignage était éloquent. Elles attendent des actes et de la reconnaissance. Elles ont besoin d’être accompagnées par l’Etat, mais l’indemnisation ne constitue pas la réponse unique à leur apporter.

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Je veux rendre hommage aux associations qui permettent aux victimes de retrouver l’énergie combative en s’engageant de manière solidaire. A ce titre, je peux vous annoncer que mon objectif est de régler une majorité des dossiers de victimes qui posent problème, administratif ou financier, d’ici à l’automne 2016.

La France est toujours menacée par de nouveaux attentats. Ne craignez-vous pas que cela influe sur votre travail ?

Je suis combative, et le gouvernement est mobilisé. Ne nous laissons pas piéger par la peur, ce serait donner une victoire aux terroristes. Ce sont avec nos valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, que nous gagnerons. C’est aussi cela, tout le sens du Secrétariat d’Etat à l’aide aux victimes.