Parler de sexe aux enfants: «Quand mon fils m’a parlé de fellation, je lui ai dit que cela se faisait entre adultes consentants»

TEMOIGNAGES Alors qu’« Osez parler de sexe à vos enfants » de Sandra Franrenet, paraît en librairie ce jeudi, des parents nous ont confié comment ils avaient abordé la sexualité avec leurs enfants…

Delphine Bancaud

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L'âge moyen du premier rapport sexuel reste 17 ans.
L'âge moyen du premier rapport sexuel reste 17 ans. — DURAND FLORENCE/SIPA

« Ça veut dire quoi faire l’amour ? » Pas évident de savoir trouver les bons mots pour répondre à cette question que tous les enfants se posent un jour ou l’autre. Pour aider les parents à aborder le sujet avec leurs petits, un guide intitulé Osez parler de sexe à vos enfants, paraît ce jeudi en librairie.

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Car il est difficile tout d’abord, de déterminer à quel âge peut être abordé le sujet avec un enfant. Pour ne pas commettre d’impair, de nombreux parents laissent l’initiative de la discussion à leur petit, à l’instar de Corinne : « Je ne raconte rien, j’attends qu’on me pose une question et j’y réponds. Mais j’adapte mon discours avec l’âge, pas la peine d’aller traumatiser les enfants », explique-t-elle. Un avis que partage Andréa : « La réponse qui me semble la plus saine sur le sujet est de retourner la question. Et toi qu’est-ce que tu penses ? Ceci permet de rectifier les idées fausses sans choquer avec des détails qu’ils n’ont pas forcément envie de connaître à ce moment-là. Devancer les questions d’un enfant peut parfois créer un effet dévastateur », estime-t-il.

« J’ai toujours relié la fonction sexuelle et reproductive à l’amour »

Dès interrogations qui fusent parfois dans certaines circonstances, comme ce fut le cas pour Katia et sa fille de 8 ans : « Elle nous a posé des questions lorsque je suis tombée enceinte. Nous lui avons répondu avec des mots simples », confie-t-elle. C’est aussi à l’occasion de sa grossesse que Patricia a dû se fendre d’une explication à son fils aîné lorsqu’il avait 3 ans : « Nous lui avons dit que son papa avait mis une graine dans mon ventre et la réponse lui a suffi. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il nous a demandé comment les graines s’étaient retrouvées dans mon ventre. Nous lui avons répondu factuellement, sans rien caché et cela ne l’a pas du tout choqué. »

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Pour être sûr d’adopter le ton juste, certains parents, comme Aurélia s’aident d’ouvrages sur le sujet : « J’ai acheté le livre Paulo le spermatozoïde. C’est très adapté aux jeunes enfants et bien expliqué », estime-t-elle. Car les enfants n’ont évidemment pas les mêmes interrogations selon les âges. « Très petites, mes filles se sont d’abord intéressées aux différences entre les sexes, puis à la manière dont les enfants étaient conçus et enfin à la manière dont on fait l’amour », raconte Cécilia. « Au fur et à mesure, les questions se font plus précises. Je me souviens que mon fils vers 6-7 ans m’a demandé par exemple si les graines sortaient uniquement quand le zizi du papa était tout dur », témoigne Patricia. Elle a d’ailleurs toujours veillé à ne pas sombrer dans la technique et à humaniser son discours sur le sujet : « J’ai toujours relié la fonction sexuelle et reproductive à l’amour. Et j’ai toujours eu des échanges très crus en n’employant des mots qui ne l’étaient pas », insiste-t-elle.

Répondre aux questions sur les pratiques sexuelles

Pas évident non plus pour les parents de savoir comment réagir quand leurs enfants tombent sur des images crues sur Internet ou à la télévision. « Lorsque ma fille est tombée sur un site porno à dix ans chez une copine, elle a refusé de me raconter ce qu’elle avait vu », confie ainsi Cécilia. Et cette mère de famille estime être souvent dépassée par ce que ses filles découvrent grâce à leurs amis : « On a souvent le second rôle dans l’éducation sexuelle, car leurs copains de classe leur ont tout dit et pas toujours de la bonne manière », déplore-t-elle. Lorsqu’ils s’interrogent encore sur certaines pratiques sexuelles, c’est quand même souvent à leurs parents qu’ils s’adressent : « Quand mon fils m’a parlé de fellation, je lui ai expliqué que cela se faisait entre adultes consentants. Mais quand il m’a demandé si je l’avais déjà pratiquée, j’ai refusé de répondre en lui expliquant qu’il s’agissait de ma vie privée », confie Patricia.

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S’ils ne peuvent les protéger de tout, les parents insistent souvent beaucoup sur la prévention, à l’instar de Cécilia : « J’ai abordé la question de la contraception et de la protection sexuelle quand mes filles avaient 13 ans. Je leur ai aussi parlé de l’importance de ne pas se précipiter pour la première fois et de ne pas accepter des choses qu’elles ne voudraient pas faire. Car le plus important dans l’éducation sexuelle, c’est de leur inculquer le respect de leur corps », indique-t-elle.

*Osez parler de sexe à vos enfants, Sandra Franrenet, La Musardine, 11,90 euros.