Djamel Beghal: «Je ne suis pas le mentor des frères Kouachi ni d’Amedy Coulibaly»

DJIHADISME Un journaliste américain publie son échange épistolaire avec le prisonnier Djamel Beghal, proche des frères Kouachi et d'Amédy Coulibaly...

L.C.

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Djamel Beghal, condamné en 2000  pour un projet d’attentat contre l’ambassade américaine à Paris, a été déchu de sa nationalité française en 2006.
Djamel Beghal, condamné en 2000 pour un projet d’attentat contre l’ambassade américaine à Paris, a été déchu de sa nationalité française en 2006. — REX/REX/SIPA

Il a communiqué durant des mois avec le prisonnier Djamel Beghal, Franco-Algérien déchu de sa nationalité française en 2006 après avoir été condamné pour terrorisme. Le journaliste américain Scott Sayare publie dans le magazine Harper's Magazine une enquête qui jette un nouvel éclairage sur le parcours de cette figure de l’islam radical en France.

Scott Sayare a contacté Djamel Beghal après les attentats de janvier 2015. De sa cellule, le détenu lui a envoyé de nombreuses lettres : 226 pages en tout, écrites à la main, d’un ton « souvent fanfaron, parfois drôle » et « nostalgique et lyrique quand il évoque son enfance ».

« Je ne suis pas le mentor des frères Kouachi »

Djamel Beghal, qui a connu Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, est souvent présenté comme un de leurs mentors. S’il ne nie pas avoir été proche de Chérif Kouachi, « qui aurait pu faire rire un sourd-muet », il dément l’avoir influencé.

« Je ne suis pas le mentor des frères Kouachi ni d’Amedy Coulibaly », écrit-il. « Croyez-moi, ces garçons, ces frères, m’ont plus apporté que ce que j’ai pu leur donner. A un moment où le monde m’avait exclu et où la civilisation humaine m’avait oublié, seul au sommet d’une montagne, ils ont été là. […] ils me manquent terriblement ».

>> Attaques terroristes en janvier à Paris : Djamel Beghal a-t-il pu jouer un rôle ?

Ses deux anciens codétenus lui ont rendu visite à Murat, où il était assigné à résidence entre 2009 et 2010. Une attitude « un peu irresponsable » selon Kamel Daoudi, un complice de Djamel Beghal que le journaliste Scott Sayare a rencontré à Carmaux, où il est assigné à résidence depuis 2008. Il lui confie avoir demandé à Djamel Beghal de mettre un terme à ces visites. Il affirme également que Beghal aurait changé après son premier séjour en prison.

Une « star » en prison

« J’ai eu du mal à m’entendre avec lui après », confie Kamel Daoudi, notant qu’il le trouvait vengeur. « Il a fait presque huit ans et demi de prison pour cette affaire [le projet d’attentat contre l’ambassade américaine à Paris.]. Il sort, il est assigné pendant un an. Puis il est à nouveau emprisonné pour une affaire bidon », compatit Kamel Daoudi. En 2010, Djamel Beghal est en effet à nouveau incarcéré pour « direction d’un groupe terroriste ».

En prison, il « est une sorte de star », décrit le sociologue Farhad Khosrokhavar. « Tout le monde se souvient de lui. Partout où il est passé, il a laissé une trace ». « S’il avait voulu déclencher une émeute, il n’avait qu’à claquer des doigts », témoigne Kamel Daoudi,

Il voulait « reconstruire » l’Afghanistan

Dans ses lettres, Djamel Beghal revient également sur son adolescence en Algérie. Il décrit un tournant lorsque le régime réprime violemment les islamistes. « C’est à ce moment que j’ai choisi mon camp avec une profonde conviction ». Il raconte également ses rencontres avec des figures du djihadisme international lors de son séjour en Afghanistan en 2000. Il y a connu Ayman al-Zawahiri, l’actuel leader d’Al-Qaida, un homme « accessible » et « accueillant », et Abou Moussab Al-Zarqaoui, chef du groupe Jama’at al-Tawhid wal-Jihad qui deviendra célèbre sous le nom d’Etat islamique.

Toutefois, le djihadiste affirme qu’il ne cherchait pas à planifier d’attentats. « Mon opinion était la suivante : au lieu de vouloir reconquérir notre pays d’origine, inatteignable, reconstruisons plutôt ce qui peut l’être, l’Afghanistan. C’est logique, simple, un peu naïf, je le reconnais », poursuit-il dans ses lettres.

Tout en s’interrogeant sur le rôle de la prison dans la radicalisation et le désir de vengeance de Djamel Beghal, Scott Sayare conclut son récit en rappelant que le détenu devrait être libéré en 2020. Sa sortie de prison, comme celle de toute une génération de condamnés pour « association de malfaiteurs à but terroriste » a de quoi préoccuper les autorités.