Dix conseils pour parler de sexualité avec son enfant

EDUCATION Il faut tout d’abord répondre aux questions de l’enfant, sans aller trop loin dans les détails…  

Delphine Bancaud

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Un enfant à l'exposition Zizi sexuel l'expo! à la Cité des sciences de Paris, le 27 octobre 2007.
Un enfant à l'exposition Zizi sexuel l'expo! à la Cité des sciences de Paris, le 27 octobre 2007. — SIMON ISABELLE/SIPA

« Dis maman, comment on fait les bébés ? » Chaque parent est confronté un jour à cette question et doit trouver les bons mots pour expliquer, sans pour autant trop dire. Dans Osez parler de sexe à vos enfants*, qui paraît ce jeudi en librairie, Sandra Franrenet, aidée d’éminents contributeurs (psychologues, gynécologues, psychiatres…) délivre une foule de conseils pour aborder le sujet avec tact. 20 Minutes fait le point sur ce qu’il faut savoir pour parler de sexualité aux moins de 10 ans.

A quel âge lui en parler ?

Pour de nombreux psychologues, la meilleure méthode est d’attendre que l’enfant aborde lui-même le sujet. « Je crois vraiment qu’il faut laisser venir leurs questions sans les susciter. Et lorsque les questions viennent, y répondre le plus simplement possible. Il est inutile, voire contre-productif, de rentrer dans les détails », explique Dr Didier Lauru, directeur du centre médico-psycho-pédagogique Etienne Marcel à Paris, dans l’ouvrage de Sandra Franrenet. Car en leur parlant de sexualité trop tôt, on risque de leur causer un trauma d’intrusion, selon lui, ce qui « correspond à un abus sexuel psychique ». Généralement, l’enfant lui-même, à partir de 3 ans, commence à s’interroger sur les différences anatomiques entre les filles et les garçons. Un peu plus tard, il commence à poser des questions sur la façon de concevoir un enfant, puis vers sur 8-9 ans, il s’interroge sur les relations sexuelles en elles-mêmes. « L’important est de créer un climat de confiance qui lui fasse comprendre que le sujet n’est pas tabou », ajoute Sandra Franrenet.

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Est-ce aux deux parents de s’y coller ?

« C’est à l’enfant de décider avec lequel de ses parents il préfère en parler. Il s’agit d’ailleurs souvent du parent du même sexe que lui », observe Sandra Franrenet. Reste que l’enfant ne doit pas avoir l’impression que le sujet est tabou avec l’autre parent. Donc lorsque l’occasion se présente, ce dernier ne doit pas hésiter à répondre aux questions que son petit pose concernant la sexualité.

Comment faire si on est mal à l’aise pour lui répondre ?

« La sexualité n’est pas un sujet basique, il ne faut pas culpabiliser de ne pas réussir à trouver les bons mots », affirme Sandra Franrenet. « Il n’est pas obligatoire de répondre tout de suite. Il est tout à fait permis de se documenter et/ou de revenir avec un support (un livre par exemple). L’essentiel, c’est que l’enfant, puis l’adolescent, sache qu’il n’est jamais vain de se tourner vers les adultes », explique aussi Anne Bacus, psychologue, sexologue et psychothérapeute dans Osez parler de sexe à vos enfants.

Faut-il avoir recours aux métaphores ?

Pourquoi pas. L’histoire de la petite graine que le papa dépose dans le ventre de la maman a fait ses preuves auprès des plus petits « Cela ne signifie pas que le parent élude les questions, encore moins qu’il prend l’enfant pour un idiot. C’est juste une manière intelligente de le laisser aller à ses rêveries », indique Sandra Franrenet. Mais il faudra évidemment adapter son discours en fonction de l’âge de l’enfant.

Comment répondre à une question précise du type : « C’est quoi la fellation ? »

Selon l’auteur, il faut d’abord lui renvoyer la question pour « voir ce qu’il imagine, quitte à rectifier ». Sans pour autant donner trop de précisions. « Il ne faut jamais dévier dans un discours technique », assure-t-elle.

Que faire s’il tombe sur des images crues à la télévision ou sur Internet ?

Selon Sandra Franrenet, le parent doit tout d’abord rassurer son enfant en lui indiquant que « ce sont des pratiques que font les grands quand ils en ont envie tous les deux. Il faut aussi lui dire qu’il ne sera pas obligé de s’adonner à telle ou telle pratique quand il sera grand s’il ne le souhaite pas », insiste-t-elle.

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Quelles sont les erreurs à éviter ?

« Il est évidemment hors de question de prendre son propre couple en exemple. Ce qui se passe dans la chambre des parents doit impérativement rester dans le domaine de la sphère privée », s’enflamme Sandra Franrenet. Ni même de mimer une pratique sexuelle pour l’expliquer. Idem si l’enfant demande à sa mère si elle pratique la fellation par exemple : « Répondez simplement que cela ne le regarde pas », indique l’auteur. « La sexualité parentale écœure les enfants dans la mesure où elle apporte une dimension incestueuse. Le parent doit être filtrant, c’est-à-dire garder une distance constante avec la dimension sexuelle », renchérit le psychiatre Mickaël Larrar.

Que faire si son enfant joue au docteur avec un camarade ?

Sans dramatiser, il ne faut pas ignorer les faits et en profiter pour lui parler de la notion d’intimité. « Ne pas toucher le petit copain ou la petite copine fait partie de ces règles indiscutables qui doivent être posées et ne souffrir d’aucune discussion, comme celle de ne pas accepter un bonbon d’un inconnu ou de ne pas traverser tout seul. Si cela se reproduit, on réitère », indique Mickaël Larrar.

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Que faire s’il se tripote ?

Il ne faut surtout pas lui dire que c’est sale ou mal, sous peine de le culpabiliser. « Sans le freiner dans son exploration, il faut lui expliquer très tôt que s’il est normal qu’il aime se toucher, il doit le faire seul dans un lieu privé, autrement dit, sa chambre », explique Sandra Franrenet.

Faut-il aborder la question des abus sexuels ?

« Oui, mais sans lui parler tout de suite de pédophilie, ce qui va engendrer de l’angoisse. Il suffit de dire que personne n’a le droit de le toucher à certains endroits, à part certaines personnes », indique Sandra Franrenet.

*Osez parler de sexe à vos enfants, Sandra Franrenet, La Musardine, 11,90 euros.