La nébuleuse des djihadistes, de Merah aux commandos du 13 novembre

TERRORISME Les interactions et les liens sont nombreux entre les différentes filière djihadistes en France et en Belgique...

L.C.

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Les terroristes qui ont mené les attentats le 13 novembre à Paris.
Les terroristes qui ont mené les attentats le 13 novembre à Paris. — SIPA/AFP

Les différentes cellules djihadistes qui ont opéré en France sont toutes connectées, selon les quotidiens Le Monde et Libération qui récapitulent ce mercredi les liens et les interactions entre les terroristes français et belges. Les nombreuses connexions, par exemple entre les frères Kouachi, Mehdi Nemmouche et les commandos du 13 novembre menés par Abdelhamid Abaaoud, sont troublantes et interrogent la capacité des services de renseignement à appréhender cette nébuleuse endogène.

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Fabien Clain

Ce Français est au cœur de la nébuleuse décrite par les deux journaux. Condamné en 2009 à cinq ans de prison pour avoir dirigé la filière d’Artigat, qui envoyait des recrues de Toulouse et de Belgique en Irak, Fabien Clain a aussi été entendu en 2010 comme témoin dans l’enquête sur le projet d’attentat visant le Bataclan en 2009.

Il aurait par ailleurs « téléguidé depuis la Syrie » le projet d’attentat avorté de Sid Ahmed Ghlam à Villejuif en avril 2015. En février 2015, il a rejoint la Syrie où se trouve son frère Jean-Michel. Au début des années 2000, tous deux ont fréquenté « l’émir blanc » Olivier Corel, qui leur a fait connaître Mohamed Merah et son frère.

Après les attentats du 13 novembre, c’est la voix de Fabien Clain qui commente la vidéo de revendication par l’organisation Etat islamique.

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Farouk Ben Abbes

Le Belge Farouk Ben Abbes, un ami de Fabien Clain, a été impliqué dans la filière d’Artigat. Interpellé après l’attentat du Caire, qui a coûté la vie à la lycéenne Cécile Vannier en 2009, il a ensuite été mis en examen en 2010 dans un autre dossier terroriste, celui du projet d’attaque contre le Bataclan. Le Français Farid Benladghem, un proche de Clain et de Ben Abbes, a été entendu comme témoin dans ces deux dossiers. Selon les informations du Monde, il a été l’époux religieux d’Emilie L., la dernière petite amie de Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d’avoir voulu commettre en avril 2015 un massacre dans des églises du Val-de-Marne. Il s’était procuré des armes auprès d’un certain Rabah B. dit «le Kabyle», que connaît également Chérif Kouachi, écrit Libération.

Farouk Ben Abbes a été libéré en 2012 après qu’un non-lieu a été prononcé dans l’affaire du projet d’attentat contre le Bataclan. Installé à Toulouse, il est assigné à résidence depuis le 17 novembre 2015 dans le cadre de l’état d’urgence écrit Le Monde.

Salim Benghalem

Un autre lien existe entre les attaques terroristes du Caire et celles de Paris : les frères Dahmani. L’aîné, Mohamed, a été entendu comme témoin dans l’enquête sur l’attentat du Caire. Son frère Ahmed, est selon Le Monde « un ami intime de Salah Abdeslam », membre des commandos du 13 novembre toujours en fuite. L’homme le plus recherché d’Europe avait d’ailleurs été contrôlé le 4 août 2015 à bord d’un bateau entre la Grèce et l’Italie, en compagnie de… Ahmed Dahmani, qui a finalement été interpellé en Turquie quelques jours après le 13 novembre.

Les connexions ne manquent pas non plus entre la filière des Buttes-Chaumont et les commandos du 13 novembre. Salim Benghalem, condamné par contumace en novembre 2015 pour avoir dirigé cette cellule qui envoyait des combattants en Syrie, avait été avec Mehdi Nemmouche l’un des geôliers des quatre otages français retenus à Alep.

Le tueur du musée juif de Bruxelles avait côtoyé en Syrie l’organisateur des attentats du 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud. Ce dernier aurait encouragé Ayoub El-Khazzani, auteur de l’attaque déjouée du Thalys en août 2015, à passer à l’acte.

Depuis des années, les fratries, les réseaux et les cellules se croisent et s’entremêlent. Ces liens ont conduit l’avocat de la famille de Cécile Vannier, tuée dans l’attentat du Caire, à demander que le dossier soit versé à l’enquête sur les attaques de novembre. L’avocate Samia Maktouf qui défend des victimes du 13 novembre veut également verser à l’enquête les procédures de Villejuif et de la filière d’Artigat.