Retour des Eagles of Death Metal à Paris : «J’ai besoin de marcher sur les traces de ma fille…»

TEMOIGNAGE Patricia assistera, ce mardi, au concert hommage du groupe américain à la place de sa fille, Précilia, tuée lors de l’attentat au Bataclan du 13 novembre…

Vincent Vantighem

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Asnières, le 15 février 2016. Patricia Correia a décidé d'assister au concert des Eagles of Death Metal en mémoire de sa fille, tuée le 13 novembre au Bataclan.
Asnières, le 15 février 2016. Patricia Correia a décidé d'assister au concert des Eagles of Death Metal en mémoire de sa fille, tuée le 13 novembre au Bataclan. — P.CORREIA

« Moi, je connaissais les Eagles qui chantaient Hotel California. Pas les Eagles of Death Metal… » Patricia sourit à sa propre blague. Mais cela ne suffit pas à effacer la tristesse de son regard. Trois mois après l’attaque du Bataclan où sa fille, Précilia, a perdu la vie, cette Francilienne assistera, ce mardi, au concert du groupe de rock américain, à l’Olympia à Paris.

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« C’est difficile à expliquer, commence-t-elle. C’est une démarche un peu spirituelle, une forme d’hommage. J’ai besoin d’accompagner ma fille, de vivre à sa place les moments qu’elle voulait vivre. » Et ce n’est pas évident. De vieux vinyles sont alignés au pied du canapé, des CD traînent à côté de l’ordinateur mais la musique n’est vraiment pas le sujet. « J’ai une place au balcon de l’Olympia mais je ne sais pas si j’arriverai jusque-là. Si je me sens mal, je repartirai… »

La place de concert de Patricia. V.VANTIGHEM/20 MINUTES

« Je n’arrive pas à refaire l’itinéraire qu’elle faisait »

Le 13 novembre, Précilia était, avec son compagnon Manu, à côté du stand de T-shirts à l’entrée du Bataclan quand les terroristes ont ouvert le feu, les fauchant tous les deux. « Ils étaient mordus de ce genre de musique. Nirvana, etc. poursuit la maman installée dans le canapé. Désormais, j’ai besoin de marcher sur leurs traces. Mais c’est une douleur de tous les instants. »

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Jusque dans le métro. Responsable d’une collection d’art contemporain à La Défense, Patricia n’a pas eu la force de retourner travailler depuis les événements. « Précilia travaillait aussi à La Défense, à la Fnac. Je n’arrive pas à refaire l’itinéraire qu’elle faisait. » Ce sont donc les collègues de sa fille qui font le chemin inverse pour venir la voir et la soutenir.

« En mode survie »

Bougies, fleurs et photos jusque sur le palier. Le coquet appartement d’Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) ressemble à un mémorial à la mémoire de Précilia. Mais la brune fatiguée par des nuits sans sommeil ne parvient pas, pour autant, à « commencer son deuil ». Dans le hall de l’immeuble de Patricia. V.VANTIGHEM/20 MINUTES

Un magazine traîne sur la table basse avec les Eagles of Death Metal en couverture. « Je ne l’ai pas lu, soupire-t-elle. J’ai regardé deux, trois vidéos sur Internet en décembre. Mais je n’y arrive pas. J’ai l’impression d’être en mode survie… »

La police lui a rendu les places de concert et le téléphone portable

Et surtout très seule. « Nous n’avons aucun soutien de la part des autorités. C’est le parcours du combattant pour avoir des infos. » Illustration avec le concert de mardi à l’Olympia. « Ce sont des amis de Manu travaillant chez Universal qui ont réussi à m’avoir une place. Sinon, j’aurais dû l’acheter. » Alors même que les billets de sa fille datés du 13 novembre et retrouvés dans sa veste auraient dû lui permettre d’obtenir une place simplement.


« Ce sont les seuls effets que la police judiciaire m’a rendus avec son téléphone portable », souffle Patricia. Dessus, elle a découvert que sa fille avait filmé le début du concert fatidique. Mais n’a pas eu la force de regarder jusqu’au bout. Ce mardi, le groupe de Jesse Hugues pourrait reprendre le concert là où il s’était interrompu le 13 novembre. Comme un trait d’union éternelle entre Patricia et sa fille.