Comment mieux accueillir les enfants handicapés à l'école

EDUCATION Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) rend publiques ses préconisations sur ce dossier ce vendredi...

Delphine Bancaud
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Najat Vallaud-Belkacem discute avec un élève handicapé le 28 août 2015 à La Rochelle,
Najat Vallaud-Belkacem discute avec un élève handicapé le 28 août 2015 à La Rochelle, — XAVIER LEOTY / AFP

« En matière d’accueil des élèves handicapés, la France est au milieu du gué », estime Nathalie Mons, présidente du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), qui rend publiques ses préconisations sur ce dossier ce vendredi.

Certes la France a effectué d’énormes progrès depuis la loi handicap de 2005 pour faire une place à ces enfants à l’école. « Historiquement, les élèves handicapés étaient cantonnés dans des centres médico-sociaux fermés*. Mais en dix ans, grâce à une politique volontariste, le nombre d’élèves handicapés accueilli en milieu ordinaire a doublé (77 % l’ont été à la rentrée 2014) », souligne Nathalie Mons.

Des parcours scolaires heurtés

Mais leur cursus ressemble encore trop à un parcours du combattant. Premier obstacle pour eux : le manque d’accessibilité des établissements : « 25 % des écoles construites depuis 2008 ne respectent pas les règles d’accessibilité en vigueur. Et on ne parle pas des établissements plus anciens… », s’offusque Agnès Florin, professeur émérite de l’université de Nantes. Autre écueil : le taux de scolarisation des élèves handicapés en milieu ordinaire diminue lorsque ces derniers grandissent. « Ils sont quatre fois moins au lycée qu’au collège », indique Nathalie Mons. Et seulement 6 % des personnes handicapées âgées de 20 à 24 ans sont titulaires d’un diplôme du supérieur, contre 30 % pour l’ensemble de la population du même âge.


S. Ebersold - Diagnostic sur l’inclusion dans l… par cnesco

L’orientation des élèves handicapés est également encore trop sélective. « Une grande partie d’entre eux sont orientés en CAP et en Bac pro », note Philippe Van Den Herreweghe, délégué ministériel à l’emploi et à l’intégration des personnes handicapées.

A l’école de s’adapter à l’élève handicapé et pas l’inverse

Pour lever ces verrous, le Cnesco propose plusieurs idées innovantes. Alors que la France a toujours privilégié une logique de compensation du handicap, en proposant des aménagements et une aide spécifique aux enfants handicapés (via l’octroi d’un auxiliaire de vie scolaire notamment) pour leur permettre de suivre une scolarité classique, le Cnesco recommande que l’on parte désormais de leurs besoins pédagogiques spécifiques. Ce serait donc désormais à l’école de s’adapter à ces enfants différents, et non l’inverse. Le principe même de l’école inclusive.

« Nous préconisons par exemple, la nomination d’un enseignant ressource dans chaque établissement qui puisse veiller au bon accompagnement pédagogique de chaque élève handicapé et mobiliser ses collègues sur le sujet », indique Nathalie Mons. Et au lieu d’avoir d’un côté des écoles spécialisées relavant du secteur médico-social et de l’autre, des écoles ordinaires, susceptibles d’accueillir des élèves handicapés**, le Cnesco recommande un « système unifié ». « Il faut implanter des classes spéciales dans des établissements ordinaires », suggère Nathalie Mons. Une idée avant gardiste qui ne pourra être mise en place que sur le long terme, reconnaît la présidente du Cnesco.

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Pour éliminer les « barrières » à l’école, le Cnesco recommande aussi une mise en accessibilité des établissements scolaires, comprenant à la fois l’installation d’équipements spécifiques (ascenseur, toilettes et cantines adaptées…), mais aussi la dotation des établissements en outils numériques susceptibles d’aider ces élèves (tablettes avec logiciels intégrés adaptés à chaque type de handicap) et des transports scolaires adaptés. « Il faut également réduire les inégalités territoriales dans l’accueil de ces enfants en évaluant l’offre scolaire et les moyens humains dédiés à la scolarisation des élèves handicapés (AVS) », insiste Agnès Florin.

L’aider tout au long de son parcours

Pour le Cnesco, il est aussi nécessaire de sécuriser les parcours scolaires de ces enfants afin qu’ils ne décrochent pas en cours de route. « Notamment en prévoyant un accompagnement des élèves handicapés en primaire lors des activités périscolaires, car il n’en n’existe pas aujourd’hui. Il faut aussi veiller à ce qu’ils bénéficient dans la continuité d’un AVS et mettre en place un système de tutorat ainsi qu’un accompagnement lors des périodes de stage ou lorsqu’ils sont en l’alternance dans une entreprise », souligne Nathalie Mons.

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Enfin, c’est par le biais de la formation que les choses doivent avancer. « Il faut d’abord sensibiliser tous les autres enfants au handicap, afin qu’ils puissent tutorer par la suite les élèves différents. Former les enseignants non spécialisés à l’évaluation des élèves en situation de handicap est aussi nécessaire pour leur permettre de mieux repérer les compétences des élèves et adapter en fonction leur pédagogie », suggère Nathalie Mons. Des bases de données par académie recensant les bonnes pratiques pédagogiques devraient aussi être mises en place pour permettre aux enseignants d’y piocher des bonnes idées. « Après la révolution quantitative de l’accueil des enfants handicapés, il faut désormais passer à une révolution qualitative », résume Nathalie Mons.

 

*Placés sous l’égide de ministère des affaires sociales et de la santé.

** Sous l’égide de l’Education nationale.