Chambres à gaz: Retour à l’origine du «détail» de l’histoire de Jean-Marie Le Pen

JUSTICE L’ancien président du Front national est convoqué ce mercredi devant le tribunal de Paris pour avoir réitéré ses propos sur les chambres à gaz…

Vincent Vantighem

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Paris, le 13 septembre 1987. Jean-Marie Le Pen participe au « Grand Jury RTL / Le Monde » où il prononce sa phrase sur les chambres à gaz.
Paris, le 13 septembre 1987. Jean-Marie Le Pen participe au « Grand Jury RTL / Le Monde » où il prononce sa phrase sur les chambres à gaz. — ALIX PASCAL/SIPA

En ce dimanche de septembre 1987, Jean-Marie Le Pen faisait 40° de fièvre. Il a hésité. Mais le président du Front national s’est finalement présenté au « Grand Jury RTL/Le Monde ». C’est à dix minutes du terme de l’émission qu’il lâcha sa phrase. « Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu, moi-même, en voir. Je n’ai pas spécialement étudié la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. »

Vingt-neuf ans plus tard, Jean-Marie Le Pen est à nouveau convoqué, ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris, pour avoir réitéré ses propos au micro de Jean-Jacques Bourdin le 2 avril 2015 sur l’antenne de BFM TV. « Ce que j’ai dit [à l’époque] correspondait à ma pensée (…) à moins d’admettre que ce soit la guerre qui soit un détail des chambres à gaz »


C’est en tout cas tout sauf « un détail » dans la carrière du « Vieux Lion ». De Munich (Allemagne) à Paris, Jean-Marie Le Pen doit, en effet, cinq de ses dix-huit condamnations pour dérapages verbaux à cette affaire du détail. Ce qui fait dire à son avocat, François Wagner, que « la liberté d’expression, à ses yeux, prime clairement sur le risque de poursuites pénales… »

« La plus grosse connerie sortie de ma bouche »

A l’origine, cela n’était pas le cas. « Quand on regarde à nouveau l’émission de 1987, on se rend compte que Jean-Marie Le Pen comprend mal la question qui lui est posée et bafouille, rappelle Lorrain de Saint Affrique qui était alors son conseiller en communication. En revanche, il prend conscience tout de suite qu’il a dérapé et qu’il va en payer les conséquences. »

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Rentré dans la soirée à sa villa Montretout de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), le « Vieux Lion » confesse même que cette phrase est « la plus grosse connerie qui soit sortie de [sa] bouche en quarante ans de vie publique ». Dès la sortie du studio, Jacques Esnous, le journaliste de RTL, ne lui a-t-il pas prédit un « déluge de feu » à venir ?

« Pas de marche arrière sur le véhicule Le Pen »

« Ce déluge de feu est arrivé au bout de 48 heures, raconte encore Lorrain de Saint Affrique. Le journaliste de l’Agence France Presse qui écoutait l’émission avait coupé la radio dix minutes trop tôt et avait raté la phrase. En revanche, France Soir l’avait entendue et en avait fait un entrefilet le lendemain. » Les autres médias embrayent et Jean-Marie Le Pen se retrouve contraint de faire une déclaration cinq jours après.

« Jean-Marie Le Pen est ce qu’il est ! Il est Breton ! Il n’apprécie pas qu’on l’empêche de parler », résume François Wagner. En conséquence, il assume, lors de cette conférence, ses propos et refuse de répondre aux nouvelles questions. « Disons que le véhicule Le Pen ne comporte pas de marche arrière », indique malicieusement Lorrain de Saint Affrique.

Comme le sparadrap du capitaine Haddock

Et quand il est lancé, il ne s’arrête plus. 1987 au « Grand Jury » ; 1997 lors d’une conférence de presse à Munich ; 2015 sur les ondes de BFM TV. Le détail revient toujours, comme le sparadrap du capitaine Haddock. « Le Pen a su tirer profit de ses saillies verbales répercutées par les médias », explique le professeur d’histoire Henri Deleersnijder (Populismes, vielles pratiques, nouveaux visages. Ed. La Renaissance du livre. 2006).

Calcul politique ? Pas vraiment, assure Lorrain de Saint Affrique. « Il réitère simplement ses propos quand on l’interroge sur le sujet. Il n’y a rien de prémonitoire là-dedans. » La preuve : Jean-Marie Le Pen n’avait pas vu venir que cette phrase prononcée un soir fiévreux de 1987 provoquerait, en 2015, son exclusion du propre parti qu’il avait fondé.