Harcèlement sexuel à la gendarmerie de Joigny: Un an avec sursis requis contre deux gendarmes

JUSTICE Les gestes obscènes et propositions salaces étaient quotidiennes dans cette gendarmerie sur les bords de l’Yonne…

20 Minutes avec AFP

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Non-lieu requis pour un gendarme ayant tué un détenu. (Illustration)
Non-lieu requis pour un gendarme ayant tué un détenu. (Illustration) — Elisa Frisullo / 20 Minutes

Gestes obscènes, propositions salaces, chaque jour, ou presque: le parquet a requis mardi un an de prison avec sursis contre deux gendarmes, poursuivis pour harcèlement sexuel aggravé contre une jeune collègue. Contre l'adjudant Julien G., 38 ans, décrit comme un «gendarme de valeur», la procureure Sandrine Guillon a requis en plus une interdiction d'exercice de cinq ans.

Elle a été plus sévère pour Ludovic F., maréchal des logis chef de 37 ans, en raison de son «habitude ancienne» de tenir des propos «particulièrement grossiers» aux femmes. La magistrate a estimé que ce dernier, que la jeune plaignante accuse en outre de l'avoir menacée de son arme de service, n'avait «plus sa place» dans la gendarmerie. Et demandé une interdiction définitive.

« C’est un milieu viril »… « Mais il y a une limite »

«On va vous dire que c'est un milieu viril, il y a des plaisanteries grasses, il faut que les femmes s'en accomodent. Mais il y a une limite. Il faut que les femmes, qui représentent 16% des effectifs de la gendarmerie, puissent trouver leur place», a-t-elle dit, lançant: «Ce n'est pas parce que ce sont des paroles que ce n'est pas grave».

Ca a commencé «dès que j'ai téléphoné pour me présenter», avec une allusion sexuelle sur ses origines réunionnaises: Marie (prénom modifié), 26 ans, avait auparavant accablé à la barre ces deux gradés de la brigade de Joigny, sur les bords de l'Yonne, où elle a travaillé d'octobre 2012 à novembre 2013.

«Ca te dit un plan à trois?»

«Ca te dit un plan à trois?» dans une voiture de patrouille aux sièges tachés de sperme; «Fais-moi une pipe»; «Les Réunionnaises, elles sont chaudes, montre-moi ce que tu sais faire». Sans compter des «gémissements» sur son passage, ou un geste obscène mimé avec une matraque... «C'était normal, c'était habituel», a dit la jeune femme, en uniforme. Elle travaille désormais en région parisienne.

Son avocate Elodie Meumont, parlant d'un «parcours du combattant» face à deux supérieurs «ligués» contre elle, a demandé 55.000 euros de dommages et intérêts pour sa cliente. Jacques Bessy, président de l'Association de défense des droits des militaires (Adefdromil), partie civile, a demandé une peine «pédagogique» et «exemplaire».

Interrogés par la présidente Isabelle Pulver, les deux prévenus, tous deux fils de gendarmes, ont assuré n'avoir pas eu «l'intention de nuire». L'adjudant Julien G. a parlé de «dérapage» ou de «plaisanterie de mauvais goût». Décrit comme un militaire prometteur et bien noté, ce père de trois enfants, suspendu de la gendarmerie, est actuellement en congé parental.

Son avocat Franck Princet, demandant la relaxe, a dit craindre un «procès pour l'exemple». Il a aussi remis en cause le témoignage d'une plaignante souffrant de «failles narcissiques», et «prête à tout» dès son arrivée à Joigny pour être mutée auprès de son compagnon, en région parisienne.

Un accusé décrit par sa hiérarchie comme étant d’une intelligence limitée

Le maréchal des logis chef Ludovic F., lui aussi suspendu, a reconnu avoir «mal agi». «Il m'arrive de parler de sexe avec des collègues femmes sur le ton de la plaisanterie», a dit le gendarme, parlant d'«échanges» avec la plaignante. «Une femme jeune, jolie de surcroît, arrive dans une brigade et tombe sur un supérieur hiérarchique qui constamment lui parle de ses +rustines», de ses seins, et vous nous dites que c'est un échange?" s'est emportée la présidente.

L'avocate de Ludovic F. a assuré que les propos de son client, décrit par sa hiérarchie comme étant d'une intelligence limitée, n'étaient «pas ciblés» contre la plaignante. «Ne prononcez pas cette peine d'élimination» définitive de la gendarmerie, pour des erreurs «grossières» et «sans malice», a plaidé Me Véronique Costamagna.