Drogues chez les jeunes: «Faire en sorte que dire "non" devienne un acte héroïque»

INTERVIEW Richard Rechtman, psychiatre et anthropologue, revient pour «20 Minutes» sur les messages de prévention des drogues chez les jeunes…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration de comprimés d'ecstasy.
Illustration de comprimés d'ecstasy. — FRILET/SIPA

« Pourquoi se drogue-t-on ? ». A l’occasion d’une rencontre de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) organisée ce mardi sur ce thème, Richard Rechtman, psychiatre, anthropologue et directeur d’étude à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), revient pour 20 Minutes sur l’efficacité des messages de prévention chez les jeunes adultes.

Quel est le message spécifique adressé aux jeunes prenant des drogues ?

Les jeunes se pensent invulnérables et recherchent une invulnérabilité avec la drogue. Ainsi, la prévention axée sur les dangers des drogues, ou leurs effets à long terme, ne les atteint pas. Pour eux, qu’est-ce que cela signifie d’être malade dans vingt ans ? « Je m’en fous dans vingt ans, je ne serai pas malade, et de toute manière je ne serai pas comme mes parents », répondent-ils. Ce message sur le danger flatte au contraire leur sentiment d’invulnérabilité !

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Y a-t-il une différence entre les jeunes des milieux favorisés et défavorisés ?

Ces jeunes recherchent la même chose. Mais la recherche d’invulnérabilité fonctionne encore plus dans les quartiers défavorisés, car ce sentiment est battu en brèche par une école, des parents, des travailleurs sociaux en difficulté, et un discours ambiant très violent à leur égard. Ces jeunes des quartiers ne se reconnaissent pas en position de victimes. Le tort de certains messages de prévention est de les présenter comme tels, alors qu’ils ont envie, eux, d’être des héros.

Les messages de prévention devraient, selon vous, « héroïser le "non" » à la consommation de drogue…

Il faut faire en sorte que dire « non » devienne un acte héroïque. Ces jeunes peuvent refuser de prendre de la drogue en disant à leurs amis qu’ils sont en sevrage ! Le fait de dire que l’on est passé par là et que l’on arrête ces trucs fonctionne bien. Par contre, leur dire qu’ils vont se planter, qu’ils n’y arriveront pas, c’est totalement contre-productif.