Le maigre bilan de Christiane Taubira à la tête du ministère de la Justice

ANALYSE Pour les syndicats de la magistrature, l’ancienne ministre ne laissera pas son nom dans les annales de la justice…

V.V.

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Paris, le 27 janvier 2016. Christiane Taubira lors de son dernier discours en qualité de ministre de la Justice.
Paris, le 27 janvier 2016. Christiane Taubira lors de son dernier discours en qualité de ministre de la Justice. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Charlie-Hebdo venait d’être terrassé par le terrorisme. En ce mois de janvier 2015, la France avait aussi peur que froid quand Christiane Taubira s’est confiée à quelques journalistes, place Vendôme. Sur la menace extérieure mais pas seulement. « Si je dois partir, je le ferai sereinement. Mon bilan parle pour moi et j’en suis fière. »

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Un an plus tard, nous y voilà. La ministre de la Justice, héraut du Mariage pour tous et caution de gauche du gouvernement, a démissionné, ce mercredi, en raison « d’un désaccord politique majeur » sur la déchéance de nationalité.

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Juste avant de laisser les clés de la Chancellerie à Jean-Jacques Urvoas, elle a expliqué son départ d’une phrase et passé vingt minutes à dresser le bilan de son action. Comme si elle savait déjà, en cible privilégiée de la droite et de l’extrême-droite, qu’elle n’en avait pas fini avec les critiques.

« Beaucoup de chantiers enterrés ou inachevés »

En dehors du « projet de loi ouvrant le droit au mariage aux couples de personnes de même sexe », Christiane Taubira affiche, en effet, un maigre bilan à la Chancellerie. A son corps défendant ? « Disons que c’était une ministre aux idées intéressantes et aux méthodes novatrices mais très très limitée dans son action », analyse Patrick Henriot, secrétaire national du syndicat de la magistrature, classé à gauche.

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Se heurtant, tour à tour, à Manuel Valls sur la contrainte pénale ou à Emmanuel Macron sur la réforme prud’homale, la Guyanaise n’a « remporté que très peu d’arbitrages », estime Céline Parisot, secrétaire générale de l’Union syndicale des magistrats. Prête depuis plus d’un an, sa réforme de la justice des mineurs a, par exemple, dû prendre la poussière à force de dormir dans un tiroir.

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« Que ce soit sur la justice des mineurs, la justice du 21e Siècle ou la fin de la rétention de sûreté pourtant promise durant la campagne, elle part avec beaucoup de chantiers enterrés ou inachevés, poursuit Patrick Henriot. Elle m’a donné le sentiment d’avoir géré un ministère finalement inféodé au ministre de l’Intérieur. »

« Une femme d’un immense talent »

Bien sûr, l’intéressée n’est pas de cet avis. Dans sa dernière allocution, elle s’est targuée d’avoir porté « 25 textes en trois ans et demi » – certains n’ont pas été adoptés – et d’avoir augmenté le budget de la justice de « 450 millions en trois ans ».

« C’est vrai, elle a recruté des magistrats, des greffiers, des surveillants pénitentiaires, reconnaît Céline Parisot. Elle a pris conscience de la misère dans laquelle on se trouvait. Mais au-delà de la contrainte pénale dont le bilan est d’ailleurs mitigé, elle ne laissera son nom à aucune vraie réforme de la justice. »

Restent ses mots qui, des bancs de l’Assemblée à ceux des prétoires, résonnent encore à l’oreille d’Olivier Morice, célèbre pénaliste parisien. « Je retiens d’elle son immense talent et sa grande indépendance. En espérant que son successeur dispose, lui aussi, de cette même qualité… »

Pas sûr… Depuis l’annonce de sa nomination, Jean-Jacques Urvoas est déjà la cible de critiques rappelant qu’il était favorable, en 2011, à une fusion des ministères de l’Intérieur et de la Justice.

 


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