Prisons: Les unités dédiées aux détenus en voie de radicalisation prêtes à les «réparer»

TERRORISME Les prisons d’Osny (Val-d’Oise) et de Lille-Annœullin (Nord) ouvrent, ce lundi, des unités dédiées pour prendre en charge les détenus en voie de radicalisation…

Vincent Vantighem
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Maison d'arrêt d'Osny (Val-d'Oise), le 6 février 2005. Des détenus prient dans une salle muticonfessionnelle de la prison d'Osny.
Maison d'arrêt d'Osny (Val-d'Oise), le 6 février 2005. Des détenus prient dans une salle muticonfessionnelle de la prison d'Osny. — MEHDI FEDOUACH / AFP

Mohamed Merah. Mehdi Nemmouche. Amédy Coulibaly. Chérif Kouachi… Ils étaient tous passés par la case prison avant d’ensanglanter la France ou la Belgique. Pour éviter que cela ne se reproduise, l’administration pénitentiaire inaugure, ce lundi, deux unités dédiées à la prise en charge de détenus en voie de radicalisation à la maison d’arrêt d’Osny (Val-d’Oise) et au centre pénitentiaire de Lille-Annœullin (Nord). Dans les prochaines semaines, trois autres structures du même type devraient voir le jour dans les prisons de Fresnes (Val-de-Marne) et de Fleury-Mérogis (Essonne).

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« On ne va pas leur retirer une partie de leur cerveau, confie une source au sein de l’administration pénitentiaire. Le but est plus de “réparer” ces individus en leur faisant se poser les bonnes questions. Même si cela prend du temps. » Le dispositif le prévoit. Une fois détectés, les détenus à risque devront participer à des ateliers, des cours et des groupes de parole avec des individus de la société civile et même, parfois, des proches de victimes de terrorisme. Six mois de travail environ.

Les laisser entre eux ?

En dehors des cas « les plus dangereux », les prisonniers en question ne seront finalement pas totalement isolés du reste des détenus, comme cela avait été d’abord envisagé peu après l’attaque meurtrière de la rédaction de Charlie Hebdo. « On s’est aperçu que les laisser perpétuellement entre eux n’aide pas à les faire évoluer dans le bon sens », confie une source proche du dossier.

Le défi de la détection

Le plus gros défi consiste désormais à bien repérer les détenus en voie de radicalisation pour les « réparer ». « Dans ce programme, il y a des gens de retour de Syrie mais aussi des détenus de droit commun, explique ainsi l’administration pénitentiaire. Nos services de renseignement effectuent un gros travail. Et puis, les surveillants sont formés pour détecter ceux qui pourraient basculer. Notamment les prosélytes… »

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Un véritable écueil pour Farhad Khosrokhavar. Sociologue spécialiste de l’islam radical en prison et intervenant dans le cadre de ce programme, il met déjà en garde. « Les plus dangereux ont compris qu’il ne fallait pas faire de vagues. Bien souvent, ce ne sont pas ceux qui font du prosélytisme dans la cour de promenade qui envisagent vraiment de passer à l’acte… »

Selon l’administration pénitentiaire, 2.000 détenus sur les 68.000 qu’abritent les prisons françaises pourraient être radicalisés. Seule une centaine sera concernée pour l’instant par ce programme.