Avalanches: Faut-il interdire le hors piste?

ACCIDENT La question se pose alors que 14 personnes ont perdu la vie dans les Alpes depuis le début de l’hiver…

Romain Scotto

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Ilustration d'un skieur passant en domaine hors piste.
Ilustration d'un skieur passant en domaine hors piste. — JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Le débat est aussi vieux que les premières paires de ski de télémark. Peut-on laisser les skieurs s’aventurer sur des pentes vierges, chargées de poudreuse et non balisées, malgré un risque d’avalanche élevé ? Avec deux accidents mortels en moins d’une semaine, l’un concernant des lycéens aux 2 Alpes sur une piste fermée au public, l’autre des militaires dans un secteur hors piste de la station de Valfréjus, la question se pose de nouveau.

Avant d’envisager une réponse, un petit rappel à la loi s’impose. Ou plutôt à l’absence de loi puisque rien n’existe sur le sujet. Le hors-piste est donc autorisé de fait dans les montagnes françaises. Lors d’un point presse, la semaine dernière, le procureur de Grenoble Jean-Yves Coquillat avait noté : « Le ski hors-piste n’est pas interdit. Ce n’est pas une infraction. » Il est simplement déconseillé et signalé, le cas échéant, par des filets de sécurité, des panneaux de signalisation, des messages en bas des pistes, répondant aux dispositions d’une norme Afnor NFS 52-100.

A vos risques et périls

Un filet au sommet d’une piste n’a donc qu’une valeur informative. Le franchir signifie que vous passez sur une zone qui n’est plus sécurisée par les pisteurs. Au-delà de cette « barrière », la responsabilité de la station ne peut plus être engagée en cas d’accident. D’une certaine manière, le skieur imprudent – voire inconscient – s’engage sur une zone hors piste à ses risques et périls. De la même façon, rien n’interdit à un nageur de faire ses longueurs en pleine mer.

En réalité, seuls les maires ou les préfets peuvent formellement interdire le hors-piste en publiant un arrêté qui limite cette pratique dans l’espace et dans le temps. L’expérience a déjà été tentée en 1999 en Haute-Savoie. Pour des raisons de sécurité, le préfet de l’époque avait interdit le ski, les raquettes et l’alpinisme « hors des domaines aménagés », provoquant la colère des puristes de la montagne, considérant cet espace comme un lieu de libertés.

Une menace pour la liberté d’aller et de venir

Pour Maître Maurice Bodecher, spécialiste en droit du ski à Albertville, ce type de décision est impossible à appliquer pour plusieurs raisons. « 1. On touche à la liberté d’aller et venir. 2. Comment gérer cette interdiction ? On ne va pas mettre des forces de l’ordre avec des peaux de chamois en haut des pistes. 3. Que se passe-t-il si vous levez l’interdiction et que le lendemain il y a une avalanche ? Le responsable de la décision aura mal jugé le péril imminent. C’est une faute énorme. »

De son côté, Maitre Favet, spécialiste du droit de la montagne, souligne le manque de cohérence entre la volonté de fermer un domaine et les enjeux économiques locaux. « Certaines stations sont réputées pour leur domaine hors-piste. Cela fait l’attrait des freeriders. Il semble difficile d’interdire un espace de liberté qui s’adresse à des pratiquants censés avoir une culture de la montagne. » En clair des gens avertis des risques d’avalanche, de la météo, équipés de Arva, etc.

Piste fermée et hors piste

Faute d’interdiction, la prévention et l’information sont d’ailleurs privilégiées pour réduire le risque d’accidents. Les stations sont même tenues de donner le maximum d’infos aux skieurs aventureux. Pour Maître Edouard Bourgin, c’est l’une des inconnues concernant l’accident des lycéens dans la mesure où ils se trouvaient sur « une piste fermée, certes, mais une piste quand même. Une piste dangereuse doit être fermée efficacement avec de l’information en bas de la station et sur le télésiège qui permet d‘accéder à cette piste. Si la fermeture d’une piste est suffisamment matérialisée, le contrevenant commet une faute. Ça reste à vérifier. » Pour l’instant, l’enquête ne donne pas plus d’éléments sur le sujet.