Financement de la campagne 2012 de Sarkozy: Quelles sont les nouvelles factures suspectes?

ENQUETE De nouvelles factures, distinctes de celles émises par la société Bygmalion, intéressent les enquêteurs...

A.-L.B. avec AFP

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Guillaume Lambert, ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, arrive 
au Pôle Financier pour répondre aux enquêteurs sur l'affaire Bygmalion, le 9 octobre 2015 à Paris.
Guillaume Lambert, ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, arrive au Pôle Financier pour répondre aux enquêteurs sur l'affaire Bygmalion, le 9 octobre 2015 à Paris. — THOMAS SAMSON / AFP

A quelques jours de la publication de son nouvel ouvrage, Nicolas Sarkozy doit, de nouveau, affronter le mauvais temps. Des enquêteurs s’interrogent sur des factures suspectes durant sa campagne présidentielle de 2012. Des documents distincts de ceux de la société Bygmalion, émis pour masquer une explosion du plafond légal de dépenses. 20 Minutes vous fait le topo…

Qui intéresse la justice dans cette nouvelle enquête ?

Quatre acteurs majeurs de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ont été mis en examen début janvier par la justice, a appris l’AFP lundi. Il s’agit du directeur de campagne Guillaume Lambert, du trésorier, le député Les Républicains Philippe Briand, de l’un des avocats de l’ex-UMP, Philippe Blanchetier, et de l’un des deux experts-comptables.

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Ces personnes ont déjà été mises en examen pour leur rôle, qu’ils contestent, dans l’enquête sur les 18,5 millions d’euros de fausses factures émises par la filiale événementielle de Bygmalion, Event & Cie.

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Quel est l’objet de cette enquête ?

Les enquêteurs compilent des factures, hors Bygmalion. Ils s’interrogent sur une ligne « présidentielle » dans le budget 2012 du parti. En effet, celle-ci indique 13,5 millions d’euros de dépenses engagées, alors que trois millions d’euros seulement ont été communiqués dans le compte de campagne.

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Comment a été lancée cette nouvelle enquête ?

Jusqu’à l’automne, les enquêteurs se concentraient sur les fausses factures émises par la filiale événementielle de Bygmalion. Mais lors de l’audition le 4 janvier de l’expert-comptable mis en examen, le magistrat revient sur la baisse du coût du meeting de Villepinte, passé de six à trois millions d’euros « après la disparition d’un certain nombre de factures », a rapporté à l’AFP une source. Plaidant l’ignorance sur ces omissions, l’expert-comptable juge « légitime de s’interroger sur certaines d’entre elles compte tenu de ce que vous me montrez aujourd’hui ». Le magistrat se lance donc sur ces factures « oubliées ».

Quels sont les documents recherchés par la justice ?

Parmi des factures « oubliées » sur lesquelles les juges s’interrogent, figurent celles de la SNCF pour des transports « pour le meeting de Villepinte » (51.338 euros) et « pour le meeting du Trocadéro » (329.352 euros). Par ailleurs, 206.637 euros ont été réglés à un professionnel du bâtiment pour « l’aménagement du QG de campagne ». Ce QG a donné lieu à des honoraires d’architecte (14.352 euros) et à des frais d’agence pour la location (13.503 euros). Le total des dépenses qui auraient été omises n’a pas été calculé à ce stade, selon une source proche de l’enquête.

Quelle est la ligne de défense des mis en examen ?

L’avocat de Philippe Blanchetier a expliqué lundi : « Me Blanchetier est intervenu comme avocat pour dire ce qui était légal. Il n’a jamais eu connaissance de ce qui était éventuellement illégal ».

L’avocat du directeur de campagne Guillaume Lambert a réfuté que ce dernier a commandé les prestations. « Il s’agit de factures pour des prestations qu’il n’a pas demandées, payées avec des fonds qu’il ne détenait pas, exécutées par des sous-traitants qu’il ne connaissait pas et intégrées à une comptabilité, celle de l’UMP, à laquelle il n’avait pas accès ».

« Si toutes [les factures] n’y figurent pas, je répète encore une fois que je n’ai pas participé à l’élaboration du compte de campagne », a répondu un comptable de l’UMP entendu comme témoin le 12 novembre. « Je dirais même que vu ce que vous me dites, je préfère ne pas l’avoir vu ». Évoquant une facture de 70.000 euros, le comptable lâche encore : « Si elle n’y est pas [dans le compte de campagne], c’est inquiétant ».

Que dit Nicolas Sarkozy de ces factures ?

L’ancien candidat à la présidentielle n’est pas judiciairement mis en cause. Il a par ailleurs qualifié de « farce » cette thèse d’un maquillage comptable dans le but d’éviter une invalidation de ses comptes de campagne.