Paris: Le couple de dépeceurs chinois comparaît devant les assises

JUSTICE Ils s’étaient présentés eux-mêmes à la brigade criminelle de Paris après la découverte des restes de leurs victimes dans le bois de Vincennes…

H.S.

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Le 7 juin 2012, deux joggeuses retrouvaient des restes humains dans le bois de Vincennes.
Le 7 juin 2012, deux joggeuses retrouvaient des restes humains dans le bois de Vincennes. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Hui Zhang et Te Lu, un couple de chinois âgés de 34 ans, sont arrivés en France en 2004. Douze ans après leur installation, ils comparaissent, ce mardi, devant les assises de Paris pour « homicide volontaire ». Quel cheminement macabre a suivi cette étudiante en esthétique et ce conseiller en gestion d’entreprise, domiciliés dans une résidence moderne du XIIe arrondissement de Paris, pour encourir jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle ? C’est ce que vont devoir déterminer la cour et le jury populaire ces quatre prochains jours.

La psychose du « dépeceur »

Le 7 juin 2012, deux joggeuses découvrent un reste de jambe en décomposition dans le bois de Vincennes, situé à quelques kilomètres du domicile des accusés. Les gros titres de la presse sont alors réservés au cas « Luka Rocco Magnotta », le « dépeceur canadien » supposé être passé par la France. Les morceaux de corps retrouvés successivement par les promeneuses puis par un chien d’aveugle, alimentent un temps la psychose.

Alors que la police scientifique et la brigade criminelle entament leurs investigations, le couple jugé à partir de ce mardi, se présente spontanément au 36 quai des Orfèvres le 16 juin 2012 et avoue les meurtres de deux compatriotes, Ying Wang et son mari Liangsi Xue, dont les disparitions venaient à peine d’être signalées par des proches.

Une « dispute » qui tourne mal

Ils livrent aux enquêteurs, le récit parfois « décousu » de cette nuit du 23 au 24 mai 2012. Hui Zhang qui s’occupe, sur son temps libre, du nourrisson d’un autre couple originaire de Chine, constate cette nuit-là le décès de l’enfant, mort « asphyxié », selon ses dires. Après réflexion, elle décide avec son ami, Te Lu, jugé à ses côtés, de proposer aux parents un arrangement financier s’ils acceptent de renoncer à déclarer la mort de leur enfant.

Une alternative que rejettent violemment le père et la mère du petit garçon. S’ensuivent une dispute et des coups de couteau de boucher, qui blessent le compagnon de la baby-sitter. Hui Zhang riposte avec une hachette et tue les deux parents. Afin de faire disparaître toute trace des crimes, Hui Zhang découpe les deux corps dans la baignoire de sa salle de bain en mettant sa machine à laver en route pour couvrir le bruit d’une scie électrique. Puis, avec l’aide de son ami, elle se débarrasse des morceaux enveloppés dans des sacs-poubelle avant de nettoyer soigneusement l’appartement.

Non-lieu et légitime défense

Pour l’avocat de la jeune femme, Me Alexis Guedj, sa cliente a agi dans le cadre de la légitime défense. Une thèse que réfutent les avocats de la famille des victimes, Me Chloé Arnoux et Me Yassine Bouzrou : « Au regard du dossier, les conditions de la légitime défense ne seront pas réunies, on espère que la cour aura la même vision que nous. » Si le couple est jugé ce mardi pour l’homicide des deux parents du garçonnet, le volet le concernant a abouti à un non-lieu, le corps de l’enfant n’ayant jamais été retrouvé.

Une décision que déplore Yassine Bouzrou : « Nous estimons que l’instruction a été catastrophique et qu’il s’agit d’une grave erreur d’appréciation. La famille est écœurée par cette décision et c’est la raison pour laquelle les parents de mes clients ont fait le choix de ne pas assister au procès. » Les débats devront également déterminer pourquoi ce couple, qui assure être reparti en Chine après le double meurtre pour mettre son propre enfant « en sécurité » est revenu en France et s’est dénoncé à la police.

Le verdict est attendu vendredi 22 janvier en fin de journée.