Française des Jeux: Mais pourquoi joue-t-on?

ARGENT Malgré une année 2015 difficile pour les Français, la FDJ a empoché un chiffre d'affaires record...

A.B.

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Illustration Française des jeux.
Illustration Française des jeux. — M.Libert / 20 Minutes

Jackpot pour la Française des Jeux (FDJ). L’entreprise publique a généré un chiffre d’affaires record de 13,7 milliards d’euros en 2015, enregistrant une hausse des mises de 5,4 % par rapport à l’année précédente. Au total, 26,3 millions de joueurs ont misé en moyenne 10 euros chaque semaine dans l’espoir de rafler la mise. Si l’Euro Millions-My Million a moins eu la cote, les joueurs ont été démangés par les jeux à gratter (+9,6 %), les paris sportifs (+14 %) et les activités en ligne (+19 %), en forte progression. Pour les parieurs, l’objectif est toujours le même : s’offrir une part de rêve et, qui sait, décrocher le gros lot.

Conjurer le mauvais sort

« 2015 a été une année très difficile. Les Français ont été très éprouvés par les attentats et il y a une montée constante de la peur. Jouer est une manière de conjurer le mauvais sort », analyse Dominique Desjeux, anthropologue et professeur à la Sorbonne. C’est d’ailleurs ce qui explique en France le goût des joueurs pour les cagnottes des vendredis 13 : « C’est de l’ordre du micro-rite, pour tenter de convertir quelque chose de sombre en quelque chose de positif », précise l’anthropologue, coauteur avec la sociologue Sophie Alimi d’une étude pour la FDJ sur les Français et les jeux d’argent lors des vendredis 13.

D’ailleurs, si au lendemain des attentats parisiens du vendredi 13 novembre, la FDJ s’est posé la question de maintenir ou non ces supercagnottes traditionnellement organisées chaque vendredi 13, la PDG du groupe Stéphane Pallez a annoncé ce jeudi l’intention de la firme de les maintenir.

Assurer l’avenir

Du côté des joueurs, conscients qu’il y a plus de probabilités d’être frappés par la foudre que de gagner le pactole, le frisson de toucher la fortune du bout des doigts reste irrésistible. « Même si les chances de gagner le gros lot sont infimes, il est évident que la perspective d’être à l’abri et de ne plus connaître les soucis de fins de mois difficile fait rêver », souligne Dominique Desjeux.

Et quand on demande aux Français ce qu’ils feraient s’ils gagnaient décrochaient le jackpot, « il y a quelque chose d’extrêmement ordinaire et universel dans leurs aspirations », note l’anthropologue. « Le triptyque sacré, c’est : s’offrir une maison, changer de voiture et voyager », poursuit-il. Les parents, eux, ont aussi à cœur d’assurer l’avenir de leurs enfants.

« Tant qu’on ne tombe pas dans un comportement addictif, il n’y a pas de mal à tenter sa chance. C’est un jeu avec le hasard », estime Dominique Desjeux. Après tout, comme disait la pub, « 100 % des gagnants ont tenté leur chance ». En 2015, le hasard a redistribué les deux tiers des mises (66 %) aux joueurs. L’Etat, lui, n'a pas besoin de miser pour rafler 22,7 % du magot, soit près de 3,66 milliards d’euros.