Port de la kippa: «La porter, c’est ne pas céder au chantage»

REPORTAGE Au sein de la communauté juive de Paris, l'heure est à la prudence mais renoncer au port de la kippa n'est pas envisagé...

Anissa Boumediene

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Deux jeunes étudiants juifs coiffés d'une kippa.
Deux jeunes étudiants juifs coiffés d'une kippa. — WITT/SIPA

Continuer à porter la kippa coûte que coûte ou la retirer, même momentanément, pour des raisons de sécurité ? Telle est la question qui fait débat au sein de la communauté juive après l’agression ce lundi d’un professeur juif à Marseille. Soucieux d’assurer la protection de sa communauté, Zvi Ammar, le président du Consistoire israélite de Marseille a appelé à renoncer pour le moment au port de la kippa dans l’espace public. Une position que beaucoup de juifs de Paris ne partagent pas.

Ce mercredi aux abords de la rue des Rosiers, le calme règne. La pluie n’est pas de la partie, mais les touristes si présents d’habitude ne sont pas très nombreux à arpenter les quelques rues du quartier juif du Marais. Devant l’école juive Yad Mordekhaï et la synagogue, situées rue Pavée, des militaires armés assurent la sécurité des lieux. Dans les rues du quartier, beaucoup de Parisiens de confession juive continuent à porter la kippa.

« Ne pas céder au chantage »

« Je comprends les motivations de Zvi Ammar, mais rien ni personne ne pourrait dissuader les juifs les plus pratiquants d’abandonner la kippa », pense Patrick, commerçant de confession juive dont la boutique est située à deux pas de la rue des Rosiers. « Continuer à porter la kippa, c’est ne pas céder au chantage terroriste », insiste-t-il.

Sorti de son lycée parisien en fin de matinée, Gabriel, 16 ans, vient déjeuner dans l’une des nombreuses enseignes de la rue. Ici, il se sent en sécurité et libre de porter sa kippa, qu’il arbore fièrement. « Pour moi il ne s’agit pas d’un acte revendicatif, ça représente le droit de pratiquer librement ma religion », précise-t-il.

Savoir être prudent

« Je porte la kippa sur mon lieu de travail. Je n’envisage pas de sortir sans me couvrir la tête, mais quand je suis dehors, je porte une casquette », confie Julien, restaurateur dans le quartier. Et en tant que père, il craint pour la sécurité de ses enfants. « J’ai peur que mes enfants soient visés. J’insiste pour que mon fils de 12 ans porte une casquette quand il sort, que ce soit pour aller faire du vélo ou aller chercher le pain à la boulangerie ».

« Quand mon jeune apprenti de 15 ans quitte la boutique, je lui demande de retirer sa kippa, par sécurité », abonde Patrick. Pour Gabriel, savoir être prudent est aussi de mise : « Il y a certains quartiers où je vais plutôt porter une casquette, pour éviter tout risque ».

Un signe d’identification

Mais pour d’autres, pas question de ne plus porter la kippa en public. « Le vrai débat, ce nest pas la question du port de la kippa. La position de Zvi Ammar renforce la confusion et déplace l’objet du véritable débat », estime une enseignante, responsable au sein de léquipe pédagogique de lécole juive du quartier.

Plus qu’un signe religieux, la kippa « est un symbole identitaire, elle fait partie de lhabit de lhomme juif. Si mon mari décidait de lenlever, je ne le comprendrais pas et ne laccepterais pas », expose-t-elle. Un symbole, déplore l’enseignante, devenu aujourdhui « un signe didentification ».