Attentats de novembre: «Une association pour que ces attaques ne soient pas oubliées»

INTERVIEW Georges Salines, président de l’association « 13 Novembre : Fraternité et Vérité », a perdu sa fille, Lola, 28 ans, au Bataclan…

Propos recueillis par Helene Sergent

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Hommage le 15 novembre 2015 aux victimes des attentats autour du restaurant "Le Carillon", à Paris
Hommage le 15 novembre 2015 aux victimes des attentats autour du restaurant "Le Carillon", à Paris — ALAIN JOCARD AFP

Deux mois, jour pour jour, après les attentats de Paris et Saint-Denis qui ont coûté la vie à 130 personnes, les victimes et leurs familles s’organisent. L’association « 13 Novembre : Fraternité et Vérité », lancée ce mercredi, a pour vocation d’accompagner et de soutenir celles et ceux qui ont perdu un proche, ou qui ont été directement touchés par les attaques terroristes. Pour Georges Salines, le président de l’organisation, il s’agit également d’échanger pour aider les victimes à se reconstruire.

Comment est né le projet d’association ?

L’association est née à l’initiative de familles et de victimes, de personnes affectées par ces événements. Plusieurs d’entre nous se sont mis en relation avec la Fenvac (Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs) ; qui a jugé important qu’une association spécifique se constitue autour de ce drame. Je savais qu’une réunion se tenait samedi 9 janvier et j’ai décidé d’y aller parce que j’avais envie de rencontrer d’autres personnes qui avaient été envahies par l’horreur de ces attentats.

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Ma fille est morte au Bataclan, c’était important pour moi de retrouver les familles. Nous avons échangé tout au long de la journée, nous étions une quinzaine, et par consensus mutuel, j’ai été amené à présider cette association. Aujourd’hui, nous invitons toutes les victimes et leurs proches à se rapprocher de nous, une assemblée générale devrait se tenir dans un délai de trois mois.

Quelle mission s’est donnée cette association ?

D’abord, nous offrons un cadre pour exercer la fraternité à laquelle nous aspirons tous. Nous allons recenser les difficultés rencontrées par les uns et les autres, dispenser des conseils et éventuellement si une personne en exprime le besoin, aider celles et ceux qui souhaitent défendre ses intérêts. Nous voulons également être associés aux retours d’expérience prévus par les ministères qui ont joué un rôle le soir des attaques et nous sommes d’ores et déjà en contact avec les équipes du ministère de la Justice. Certaines choses ne se sont pas forcément bien passées, notamment les modalités de renseignement.

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Enfin, nous serons très attentifs à l’enquête judiciaire. Certaines personnes vont avoir envie de tout savoir et d’autres non. Nous allons aider chacun et chacune à obtenir les informations souhaitées. Et à plus long terme, nous allons mettre en place une action mémorielle, pour que ces événements ne soient pas oubliés ou niés par les complotistes.

Vous parliez de dysfonctionnements le soir des attentats, lesquels ?

Il y en a eu de différentes sortes. Par exemple, entre le début des attaques et cinq heures du matin, il était impossible de joindre le numéro d’urgence mis en place par les autorités, il était saturé en permanence. Le dispositif a donc été visiblement sous-dimensionné.

Ensuite, concernant les recherches, les services de l’AP-HP (Assistance Publique - Hôpitaux de Paris) avaient communiqué un numéro central relié à une base de données comportant les noms des personnes prises en charge et identifiées. En revanche, il était impossible, en donnant des informations supplémentaires, par exemple : "Ma fille a un tatouage à tel endroit, une cicatrice de telle forme", de les intégrer à la base. D’autant qu’elle ne couvrait pas tous les établissements de l’AP-HP. La Pitié Salpêtrière ou les hôpitaux militaires qui ont soigné certains blessés ne disposaient pas de cette base de données.