Ajaccio: Le préfet de Corse demande de cesser les manifestations

FAITS DIVERS Le préfet a rencontré les manifestants qui se sont dits satisfaits des engagements du représentant de l'Etat...

20 Minutes avec AFP
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Des policiers en faction pendant une manifestation au lendemain du saccage d'une salle de prière musulmane, le 26 décembre 2015 à Ajaccio
Des policiers en faction pendant une manifestation au lendemain du saccage d'une salle de prière musulmane, le 26 décembre 2015 à Ajaccio — YANNICK GRAZIANI AFP

Retour au calme à Ajaccio ? Après deux jours de manifestations dans plusieurs quartiers populaires et des dérapages racistes, le préfet de Corse Christophe Mirmand a obtenu samedi soir l'arrêt du mouvement qui faisait suite à l'agression de deux pompiers et d'un policier.

Des policiers dans tous les quartiers

«J'ai reçu une délégation pour leur demander de cesser ces mouvements et cette démonstration qui donne un image désastreuse de la Corse», a-t-il déclaré au cours d'un point presse à l'issue d'une rencontre avec des manifestants. Ces derniers se sont dit satisfaits des engagements du représentant de l'Etat, qui a déclaré que «des policiers seraient présents dans tous les quartiers», ont-ils dit.

Le préfet a ensuite précisé sur BFMTV qu'il allait également prendre un arrêté préfectoral pour interdire les manifestations «dans le périmètre des Jardins de l'Empereur afin d'y rétablir la sérénité qui a manqué ces derniers temps».

Manifestation sous haute tension après des incidents islamophobes vendredi

Vendredi et samedi, des manifestants avaient défilé dans ce quartier, scandant «On est chez nous», «Arabes dehors», après l'agression dans ce quartier de deux pompiers et un policier durant la nuit de Noël. Vendredi, aux Jardins de l'Empereur, une salle de prière musulmane avait été saccagée, en marge d'une première manifestation.

«On a vraiment frôlé la catastrophe», témoigne l'un des pompiers blessé

Un dispositif conséquent de gendarmes mobiles et CRS veillait samedi à empêcher tout débordement dans cette partie de la ville où les manifestants sont arrivés en milieu d'après-midi, avant de se diriger vers les quartiers voisins de Saint-Jean et Sainte-Lucie.

Actes condamnés

Ces actes ont été unanimement condamnés: le Premier ministre Manuel Valls qui a dénoncé une «agression intolérable de pompiers» et une «profanation inacceptable d'un lieu de prière musulman», tandis que Bernard Cazeneuve (Intérieur) évoquait «(des) exactions intolérables, aux relents de racisme et de xénophobie, (qui) ne sauraient rester impunies» et que la garde des Sceaux, Christiane Taubira, twittait «la lumière sera faite, les auteurs en répondront».

«A Ajaccio, pompiers agressés, lieu de culte saccagé, plus qu'un appel au respect de la loi, on attend de l'État autorité et fermeté», a twitté Alain Juppé (Les Républicains).

Le Front national a estimé que «quand les citoyens ont le sentiment légitime que l'Etat ne fait plus régner l'ordre républicain, quand ils voient des pompiers et des policiers pris en embuscade dans un des innombrables ghettos que compte la France, il y a le risque évident qu'ils veuillent se faire justice eux-mêmes (...)».

De son côté, le porte-voix du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a déclaré que ces actes de violences étaient le résultat d'un «nationalisme exacerbé et (de) la culture de la violence» dans l'île, condamnant en particulier « (l')ivresse ethniciste» des dirigeants nationalistes qui viennent de prendre les rênes de la collectivité territoriale de Corse.

L'Observatoire national contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM) a dénoncé une agression «qui se déroule en un jour de prière pour les musulmans et pour les chrétiens», Noël tombant cette année juste après le Mouled, la fête musulmane qui commémore la naissance du prophète Mahomet. Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande mosquée de Paris, a lancé un appel au «calme, au sang-froid et à l'apaisement».

Les dirigeants nationalistes ont aussi fermement dénoncé ces violences: le président du conseil exécutif, Gilles Simeoni, a condamné une «agression initiale scandaleuse» affirmant «(qu')il est impensable d'imaginer qu'il existe des zones de non droit dans l'île». Gilles Simeoni a stigmatisé les «dérapages racistes. Ces agissements sont contraires aux valeurs du peuple corse». Le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, a également fustigé sur Twitter «l'importation d'idéologies complètement étrangères à la tradition politique corse».