Ajaccio: Manifestation sous haute tension après des incidents islamophobes vendredi

FAIT DIVERS Samedi, des manifestants ont forcé le barrage de police selon «France 3» et des portes vitrées ont été brisées dans le quartier des Jardins de l'Empereur à Ajaccio, une cité populaire sur les hauteurs de la ville...

20 Minutes avec AFP
— 
Deux policiers surveillent, le 26 décembre 2015 l'entrée de la salle de prière saccagée à Ajaccio
Deux policiers surveillent, le 26 décembre 2015 l'entrée de la salle de prière saccagée à Ajaccio — STRINGER AFP

La situation reste très tendue à Ajaccio. Une centaine de manifestants se sont rendus samedi après-midi dans le quartier des Jardins de l'Empereur à Ajaccio, une cité populaire sur les hauteurs de la ville, scandant «on est toujours là», au lendemain du saccage d'une salle de prière musulmane en marge d'une première manifestation.


Corse : de nouveaux incidents à Ajaccio

Ces manifestations visent à dénoncer les agressions dont ont été victimes deux pompiers puis un policier : dans la nuit de jeudi à vendredi, les services de secours qui intervenaient sur un incendie dans le quartier des Jardins de l'Empereur avaient été pris à partie par des jeunes encagoulés, avait indiqué la préfecture.

Cet après-midi un dispositif conséquent de gendarmes mobiles et CRS était mobilisé dans le quartier pour empêcher tout débordement, ont constaté une correspondante de l'AFP sur place et France 3.

Cela n'a pas empêché les manifestants de forcer le barrage de police, a rapporté France 3, avant de se diriger «vers d'autres quarties à problèmes.»

Selon l'AFP, les portes vitrées de trois halls d'entrée ont été brisées à coup de pierre par un manifestant. Selon la journaliste de l'AFP présente sur lace, les manifestants se sont dirigés vers les quartiers voisins de Saint-Jean et Sainte-Lucie. Le cortège s'est dispersé vers 18h00.

Les actes de vendredi ont été unanimement condamnés: le Premier ministre Manuel Valls a dénoncé une «agression intolérable de pompiers» et une «profanation inacceptable d'un lieu de prière musulman», tandis que Bernard Cazeneuve (Intérieur) évoquait «(des) exactions intolérables, aux relents de racisme et de xénophobie, (qui) ne sauraient rester impunies» et que la garde des Sceaux, Christiane Taubira, twittait «la lumière sera faite, les auteurs en répondront».

«Honte à ceux qui ont attaqué, brûlé un lieu de culte musulman. Tout le monde doit réagir», a également twitté le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis.

«A Ajaccio, pompiers agressés, lieu de culte saccagé, plus qu'un appel au respect de la loi, on attend de l'État autorité et fermeté», a twitté Alain Juppé (Les Républicains).

Le Front national a estimé que «quand les citoyens ont le sentiment légitime que l'Etat ne fait plus régner l'ordre républicain, quand ils voient des pompiers et des policiers pris en embuscade dans un des innombrables ghettos que compte la France, il y a le risque évident qu'ils veuillent se faire justice eux-mêmes (...)».

L'Observatoire national contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM) a lui dénoncé une agression «qui se déroule en un jour de prière pour les musulmans et pour les chrétiens», Noël tombant cette année juste après le Mouled, la fête musulmane qui commémore la naissance du prophète Mahomet. Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande mosquée de Paris, a lancé un appel au «calme, au sang-froid et à l'apaisement».

Les dirigeants nationalistes, qui viennent de prendre les rênes de la collectivité territoriale de Corse, ont aussi fermement dénoncé ces violences: le président du conseil exécutif, Gilles Simeoni, a condamné une «agression initiale scandaleuse» affirmant «(qu')il est impensable d'imaginer qu'il existe des zones de non droit dans l'île». M. Simeoni a dénoncé les «dérapages racistes. Ces agissements sont contraires aux valeurs du peuple corse». Le président de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni a également dénoncé sur Twitter «l'importation d'idéologies complètement étrangères à la tradition politique corse».

Une opinion largement partagée par les Ajacciens, ainsi Antoine, 54 ans, interrogé par l'AFP, approuvait la manifestation affirmant : «Ils ont bien fait d'aller dans le quartier, il était temps», mais le quinquagénaire réprouvait vigoureusement la tentative d'incendie de la salle de prière : «le saccage du lieu de culte, c'est honteux»


Corse : l'escalade de violence