Attentats de janvier: Un an après «Charlie», le bilan en demi-teinte de la laïcité dans les écoles

EDUCATION Après les tueries de «Charlie Hebdo» et l’Hyper Cacher, le gouvernement avait annoncé des mesures pour renforcer les valeurs de la République à l'école …

Delphine Bancaud

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Illustration d'un journal école du collège Flavien de Paris à l'occasion de la semaine de la presse et des médias à l'école.
Illustration d'un journal école du collège Flavien de Paris à l'occasion de la semaine de la presse et des médias à l'école. —

Dans les écoles aussi, il y a eu un avant et un après Charlie. Après le boycott par certains élèves de la minute de silence en hommage aux victimes des attentats de janvier, le gouvernement avait décrété une grande mobilisation de l’Ecole pour les valeurs de la République. Elle s’est décliné par une série de mesures pour promouvoir la laïcité et renforcer la citoyenneté des élèves. « Cela a marqué un vrai tournant dans l’Education nationale. Il y a eu une vraie volonté politique de redonner une tonalité républicaine à l’école », estime Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire de l’Education nationale et référent laïcité à l’école supérieur du professorat et de l’éducation (ESPE) de Versailles.

Parmi les mesures annoncées il y a un an : la formation des enseignants à la laïcité. A la fin de l’année 2015, 300.000 d’entre eux l’avaient été. Mais pour Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp : « on est au milieu du gué. Car si beaucoup de cadres intermédiaires de l’Education nationale ont été formés, la majorité des enseignants ne l’ont pas encore été. Ils doivent toujours de se débrouiller seuls pour apprendre aux élèves la différence entre le croire et le savoir et mener des débats avec eux sur le sujet », explique-t-il. Des livrets laïcité ont aussi été attribués aux enseignants pour les guider, par exemple en cas de contestation par un élève d’un enseignement. Des référents laïcité auxquels les équipes pédagogiques peuvent faire appel en cas de problème ont aussi été nommés dans les rectorats. « Il y a eu moins d’échos sur des incidents liés au non-respect du principe de laïcité cette année. Cela montre que ces interlocuteurs ont sans doute été utiles pour résoudre certains problèmes », estime Jean Baubérot, sociologue et auteur de Comment parler de laïcité aux enfants*.

Une journée de la laïcité a vu le jour

Si la mise en œuvre du nouvel enseignement moral et civique du CP à la terminale était déjà prévu pour la rentrée 2015, les attentats de janvier ont eu aussi une incidence sur son contenu, explique le sociologue : « L’accent a été davantage mis sur la laïcité. Le programme du cycle 2 (du CP au CE2) aborde ainsi les symboles de la République, celui du cycle 3 (du CM1 à la 6e) permet aux élèves de comprendre ce qu’est la laïcité et celui du cycle 4 (de la 5e à la 3e) de comprendre les enjeux de la laïcité », observe-t-il.

Décidée après Charlie, la première journée laïcité a vu le jour le 9 décembre dernier. Son but : permettre aux enseignants d’organiser des événements autour de ce thème (exposition, débat, journal école…). « Mais il semblerait que cette occasion n’ait pas été exploitée dans beaucoup d’écoles, sans doute parce que l’Education nationale a trop tendance à multiplier les journées thématiques, ce qui lasse les enseignants », explique Sébastien Sihr. Pour que cette journée laïcité soit davantage investie par les enseignants, « il faudrait qu’ils puissent confronter leurs expériences afin que les meilleures initiatives soient dupliquées en 2016 », suggère Jean Baubérot.

La réserve citoyenne encore trop peu exploitée

De même, la réserve citoyenne, créée au lendemain des attentats, est pour l’heure décevante. Ce vivier de 5.429 bénévoles de la société civile, prêts à intervenir en classe dans les établissements pour transmettre les valeurs de la République a été peu sollicité par les enseignants. « On n’a pas senti d’engouement sur le sujet, sans doute parce que les enseignants faisaient déjà appel auparavant à des intervenants extérieurs pour aborder la question de la laïcité », relève Sébastien Sihr. « Les directeurs d’établissements n’ont sans doute pas assez communiqué sur le sujet », ajoute Jean Baubérot.

Enfin, depuis janvier 2015, l’Education nationale semble désormais prête à appliquer une tolérance zéro face à tout comportement mettant en cause les valeurs de la République. Lors des annonces du 22 janvier, Najat vallaud-belkacem avait ainsi déclaré qu’« aucun incident ne sera laissé sans suite ». Une injonction qui semble suivie puisque le ministère de l’Education n’hésite plus à communiquer sur les cas les plus graves, à savoir les suspicions de radicalisation chez des élèves. Un bon début pour résoudre le problème.

* Comment parler de laïcité aux enfants, de Rokhaya Diallo et Jean Baubérot, Le Baron Perché, 2015,14  €.