VIDEO. Aéroport d'Orly : Deux agents de sécurité licenciés à cause de leur barbe ?

JUSTICE Selon Securitas, qui les employait, le port de la barbe n'était «pas un élément essentiel» dans ces licenciements...

M.C. avec AFP

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Bachir, 32 ans, affirme avoir été licencié à cause de sa barbe.
Bachir, 32 ans, affirme avoir été licencié à cause de sa barbe. — Le Parisien

Sa courte barbe noire, dit-il, lui valait «de petites piqûres de rappel» comme: «Si vous voulez, je vous offre une tondeuse». Bachir, 28 ans, et un autre ancien agent de sécurité de l'aéroport d'Orly, tous deux de confession musulmane, reprochent à la société Securitas de les avoir mis à la porte à cause de leur pilosité faciale, ce que conteste le patron de la filiale française de cette entreprise.

Le 24 novembre, la hiérarchie de Bachir lui a refusé l'accès à son travail de contrôle des passagers avant embarquement: portique, scanner, palpation, fouille de bagages etc. Un courrier, que l'Agence France Presse a pu consulter, lui reproche de n'avoir pas respecté le «référentiel vestimentaire», en l'occurrence «barbes, boucs ou moustaches courts, taillés, soignés et entretenus».

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Mais, souligne Bachir dans le Parisien, «ma barbe était dégradée, avec une petite longueur de 2-3 cm au niveau du menton. Je n’ai jamais vu un musulman avec un dégradé pareil ! Moi, c’était pour la mode, façon hipster, pas pour la confession !» L'employé, qui a porté plainte pour discrimination, a ensuite été licencié pour avoir enfreint ce règlement intérieur et pour d'autres motifs: «bavardage» et «retards et absences».

«Surveiller» les salariés musulmans

Un autre ex-salarié de Securitas, Bechir, 34 ans, a lui été licencié en juin dernier, bien avant les attentats du 13 novembre, en raison d'une «inaptitude médicale» liée à une hernie discale. Ce père de trois enfants soupçonne son ancien employeur de l'avoir en réalité «poussé vers la sortie» à cause de sa barbe, et l'attaque aux prud'hommes.

Chef d'équipe pour Securitas, il assure aussi mercredi qu'on lui avait demandé de «surveiller» les salariés musulmans, pour voir s'ils «faisaient la prière» pendant les pauses.

«Radicalisation de l'entreprise»

Pour leur avocat, il y a une «radicalisation de l'entreprise». «Certaines entreprises commencent à avoir un comportement problématique» en profitant de la «paranoïa» suscitée par les attentats, s'inquiète Me Moutet.

Le patron de la filiale française de la société suédoise Securitas, a regretté auprès de l'AFP une tentative de «faire des amalgames» à partir d'une affaire «tout à fait classique» de licenciement. Michel Mathieu a assuré que ces deux salariés avaient été renvoyés pour «plusieurs manquements graves» aux règles de la société, sans préciser lesquels. Le port de la barbe est selon lui un «élément supplémentaire», mais «pas un élément essentiel» dans ces licenciements.

Michel Mathieu a indiqué que Securitas, qui emploie 16.000 personnes en France, menait des «actions de sensibilisation sur le respect du fait religieux et sur l'identification de risques de radicalisation». Il a souligné qu'en tant que société de sécurité privée, son entreprise était prise pour cible par «l'infiltration de salariés radicalisés».