Inceste: La double peine des millions de victimes en France

VIOLENCES SEXUELLES L’Association internationale des victimes d’inceste demande un plan d’action gouvernemental après les résultats d’une enquête Harris Interactive…

Vincent Vanthighem
— 
Quatre millions de Français déclarent avoir été victimes d'inceste, selon une étude de l'AIVI qui lance une campagne de spots télévisés.
Quatre millions de Français déclarent avoir été victimes d'inceste, selon une étude de l'AIVI qui lance une campagne de spots télévisés. — AIVI / PUBLICIS

« La vie nous a apporté une brouette de merde durant l’enfance ! Mais on peut toujours y faire pousser des fleurs pour les offrir aux autres… » Abusé quand il était petit, Sébastien* résume de façon imagée le message que l’Association internationale des victimes d’inceste (AIVI) a souhaité faire passer au gouvernement, ce mercredi matin.

S’appuyant sur une enquête de l’institut Harris Interactive**, cette association a demandé aux autorités de mettre enfin en place un plan d’action pour lutter contre cette criminalité en France. Une nécessité : 6 % des Français déclarent avoir été victimes d’inceste. « Si l’on extrapole, cela représente donc quatre millions de personnes », souffle Isabelle Panhard, directrice d’études qui a réalisé l’enquête pour Harris Interactive.

Tabac, dépression et suicide au programme

Le mal est insidieux et les conséquences sont désastreuses. Alors que, selon l’AIVI, seuls 3 % des médecins signalent des abus, ils sont en revanche 100 % à connaître les effets des violences sexuelles sur un enfant. « Les victimes d’incestes sont, dans leur vie, 2,4 fois plus nombreuses que les autres à tomber dans le tabagisme, 4 fois plus nombreuses à sombrer dans la dépression et surtout 15 fois plus nombreuses à faire une tentative de suicide », résume Gérard Lopez, président-fondateur de l’institut de victimologie de Paris.

>> Reportage : « Bonjour, je suis une victime de l’inceste »

Pour Amandine*, c’était l’anorexie. En 2014, cette jeune femme a d’abord toqué à la porte de l’AIVI pour aider sa sœur abusée par leur père. Avant de se rendre compte qu’elle portait aussi en elle les stigmates d’un traumatisme enfoui. « La plupart des victimes mettent des années à réaliser ce qu’elles ont vraiment subi, explique Isabelle Aubry, la présidente de l’AIVI. C’est pourquoi nous luttons pour que la prescription en matière de sexe soit abolie. Cette prescription, c’est un passeport perpétuel pour le viol d’enfants. »

Une campagne de spots télévisés

Après avoir obtenu en novembre l’inscription de l’inceste dans le code pénal, l’AIVI va diffuser, à partir de ce mercredi, des spots télévisés pour que les autorités aillent plus loin. « Quand tout un village est malade à cause de l’eau, on peut donner des médicaments aux habitants à vie, poursuit Isabelle Aubry. Ou bien tenter de purifier le puits… »



* Les prénoms ont été changés.

** Etude online réalisée par Harris Interactive auprès d’un échantillon de 929 personnes, selon la méthode des quotas.