Sport, alimentation, vêtements... Comment le yoga est devenu omniprésent

SOCIETE Plus qu'une mode, le yoga est aujourd'hui devenu un phénomène de société...

Anissa Boumediene

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Du yoga en plein air à Times Square.
Du yoga en plein air à Times Square. — DON EMMERT / AFP

Vivre yoga, manger yoga, s’habiller yoga : pour les adeptes les plus passionné(e) s de cette discipline millénaire, une vie entière peut tourner autour du yoga. Au départ enseigné par d’authentiques maîtres yogi en Inde puis pratiqué par des tribus de soixante-huitards, le yoga est devenu plus qu’une tendance incontournable, il s’est même imposé comme la nouvelle norme.

Une philosophie de vie

Avec le yoga, il ne s’agit pas que de salutations au soleil, de zénitude et de souplesse. Pour un nombre grandissant de disciples, c’est une philosophie de vie, une source de spiritualité. « Il y a un besoin chez les pratiquants de sortir du cadre des sports traditionnels, centrés sur la performance et la compétition, en se tournant vers des disciplines qui permettent de se réconcilier avec son corps et qui mettent l’accent sur l’émotion et le plaisir », analyse Robin Recours, sociologue du sport à Montpellier.

« Je vois le yoga comme une boîte à outils pour gérer son stress, ses émotions ou encore sa posture. C’est pour moi une psychothérapie du corps », confirme Hélène Duval, professeur de yoga et fondatrice de Yoga in the City. Après être tombée dedans il y a dix-huit ans, la jeune femme a « placé le yoga au centre de [sa] vie ». Mais pour cette working girl parisienne et maman de trois enfants, pas question non plus de basculer dans l’extrême : « Quand on commence, le yoga peut devenir une drogue. J’en faisais à fond, je mangeais macrobiotique, on est tenté par l’extrême. Aujourd’hui je sors, je bois, je ne me nourris pas que de graines germées et je n’ai pas le temps de faire des retraites dans un ashram. Pour moi, le yoga est une philosophie de vie, mais que j’adapte à ma propre vie ».

Le yoga business

Les mal avisés pourraient croire que pour faire du yoga, un legging basique et un t-shirt font l’affaire. Et bien non, un « yoga dress code » a vu le jour. « Je suis citadine, alors rester toute la journée dans une tenue effet "saut du lit", ça ne me plaisait pas trop. Je voulais des vêtements qui allient confort et style », explique Hélène Duval, qui a créé en février 2014 Yuj, la toute première marque 100 % dédiée au yoga.

Une niche dans laquelle se sont engouffrées les marques de vêtements de sport. « La "silhouette yoga" véhicule une image saine, rassurante, avec des couleurs douces et des matières naturelles comme la fibre de bambou », souligne Emmanuelle Hyson, styliste au sein du bureau de tendances Martine Leherpeur Conseil. Pour les marques, c’est un moyen de capitaliser sur le long terme, avec des basiques intemporels. « C’est une stratégie marketing différente que le running par exemple, dont le look, associé à des couleurs flashy, s’inscrit dans le "fast fashion", décrypte la styliste. Pour l’été 2016, des marques de surf comme Roxy ou Billabong lancent des collections qui répondent à l’univers du yoga ». Une démarche qui a aussi du sens pour les clientes : « Le fait de consommer, de se reconnaître et se ressembler les fait se sentir appartenir à une communauté », note le sociologue Robin Recours.

La mise en scène de soi

Et qui de mieux pour ambassadrices de ces collections que les papesses du yoga, qui postent leurs exploits en images sur les réseaux sociaux. Sur Instagram, ces « instayogis » rivalisent à coups de photos d’elles dans des postures de yoga pour le moins acrobatiques. D’une discipline de méditation intérieure, hors de la quête de performances, le yoga a aujourd’hui ouvert la porte à la mise en scène de soi. « Le yoga n’échappe pas au narcissisme des réseaux sociaux et beaucoup de ces images semblent avoir pour but de montrer la performance et la capacité à repousser les limites de son corps, pense Robin Recours. Mais, tempère-t-il, le yoga implique aussi une notion d’apprentissage par l’imitation, il y a un aspect pédagogique ».

L’une de ces instayogis, l’Américaine Rachel Brathen, alias yoga_girl, compte à ce jour pas moins de 1,7 million d’abonnés sur son compte. Partageuse, la jeune femme n’est pas avare de photos d’elle, tantôt en maillot de bain, tantôt en legging coloré (le tout très certainement sponsorisé), accomplissant sur fond de paysages de rêve des postures que le commun des mortels pourrait mettre plus d’une vie à maîtriser.

 

what if there was nothing else but now?

Une vidéo publiée par Rachel Brathen (@yoga_girl) le 6 Déc. 2015 à 6h36 PST

 

« Un bon professeur ne se reconnaît pas au nombre de ses abonnés. Les réseaux sociaux, c’est du marketing », avertit Hélène Duval, qui concède toutefois poster elle aussi ce genre de photos.

Un phénomène de société

Pour autant, cela ne va à son sens pas à l’encontre des principes du yoga. « Tel qu’on le pratique aujourd’hui, le yoga n’est plus tant cette discipline ancestrale venue d'Inde, qu’un yoga occidental, porté par la mouvance "healthy" californienne », distingue Hélène Duval. Après avoir été un simple phénomène de mode, « le yoga est devenu un phénomène de société », insiste-t-elle, dont les réseaux sociaux se font l’écho.

Aujourd’hui, plus de 250 millions de personnes dans le monde pratiquent le yoga, dont plus de 3 millions rien qu’en France.