«Mémoires d'outre-tombe»: La justice condamne un notaire et lui confisque le manuscrit de Chateaubriand

JUSTICE Il a été condamné en outre à 25.000 euros d'amende mais va faire appel...

20 Minutes avec AFP

— 

Photo prise le 25 novembre 2013 du manuscrit des Mémoires d'outre-tombe signé de la main de Chateaubriand.
Photo prise le 25 novembre 2013 du manuscrit des Mémoires d'outre-tombe signé de la main de Chateaubriand. — AFP

Un notaire parisien qui avait voulu vendre aux enchères la seule copie complète du manuscrit des « Mémoires d’outre-tombe » de Chateaubriand, a été condamné jeudi à 25.000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Paris. La justice a par ailleurs ordonné la confiscation du document, actuellement sous scellé à la Bibliothèque nationale de France (BNF)

Le notaire Pascal Dufour, déclaré coupable d’abus de confiance, va faire appel. Dans son intérêt, mais aussi dans celui du manuscrit, a ajouté son avocat Patrick Maisonneuve.

>> A lire aussi: A qui appartient le manuscrit des mémoires de Chateaubriand?

Le tribunal a suivi le parquet dans ses réquisitions contre le notaire, mais pas pour le devenir du manuscrit. La procureur Aude Ab Der Halden avait demandé aux juges de ne pas se prononcer sur la restitution du manuscrit, afin que l’Etat puisse, comme le prévoit la loi, en devenir propriétaire, sous réserve des droits des tiers.

Droits de publication

« Sous réserve que cette décision soit confirmée en appel, c’est un témoin essentiel de l’une des plus grandes oeuvres du patrimoine littéraire français qui s’apprête à entrer dans les collections nationales », s’est félicité la ministre de la Culture Fleur Pellerin dans un communiqué, rappelant que le manuscrit avait été classé « trésor national » en 2013.

Les racines de cette affaire plongent jusqu’au milieu du 19e siècle. En 1836, après des revers de fortune, François-René de Chateaubriand cède à ses éditeurs, Delloye et Sala, les droits pour la publication posthume de ses « Mémoires ».

Chateaubriand garde auprès de lui une copie du manuscrit, destiné à être remanié jusqu’à sa mort, qui surviendra en 1848. Un exemplaire est remis à l’éditeur, l’autre au notaire de celui-ci. En 1847, Chateaubriand envoie une nouvelle version, qui vient remplacer la précédente dans une caisse fermée à trois clés chez le notaire, Me Cahouet.

Le manuscrit, écrit par des secrétaires de l’écrivain et homme politique, et signé de sa main, est resté ensuite à l’étude de Jean Dufour, successeur de Me Cahouet. Jusqu’à ce qu’en 2012, Pascal Dufour, descendant de Jean Dufour, craignant que le manuscrit dégrade ou soit volé, songe à le vendre aux enchères.

Transaction avortée à 550.000 euros

Il aurait fallu que le manuscrit soit « dans d’autres mains plus à même d’en respecter la valeur, l’existence », avait expliqué Pascal Dufour, 58 ans, lors de l’audience le 10 septembre.

La vente était programmée pour le 26 novembre 2013 à l’hôtel Drouot. Le manuscrit est estimé à 400.000 ou 500.000 euros. Mais, au dernier moment, la société organisatrice annonce une cession de gré à gré auprès de la BNF.

La ministre de la Culture de l’époque, Aurélie Filipetti, salue une « acquisition exceptionnelle » de l’État, « à la suite d’un accord amiable avec le propriétaire ». Mais la transaction, pour un montant envisagé de 550.000 euros, n’a finalement pas eu lieu.

Le parquet de Paris avait ouvert une enquête, à l’issue de laquelle il a considéré que le notaire n’était que dépositaire du manuscrit, pas son propriétaire, et qu’il n’avait en aucun cas le droit de le vendre.