Affaire Adidas: Tapie va-t-il obtenir un milliard d'euros dans le litige contre le Crédit Lyonnais?

JUSTICE L'homme d'affaires poursuit la banque pour escroquerie dans l'affaire de la vente de ses parts Adidas en 1994...

L.C. avec AFP

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Bernard Tapie, le 12 mars 2014 à Marseille.
Bernard Tapie, le 12 mars 2014 à Marseille. — Claude Paris/AP/SIPA

Jeudi 3 décembre 2015 pourrait être une journée à marquer d’une pierre blanche pour Bernard Tapie. La justice doit se prononcer sur le litige qui oppose l’homme d’affaires au Crédit Lyonnais. Il réclame un milliard d’euros de réparations pour escroquerie. 20 Minutes fait le point sur ce conflit qui dure depuis vingt ans.

Quelle est l’origine de ce litige ?

Tout commence à la fin de l’année 1992. Bernard Tapie décide de vendre ses parts dans l’entreprise Adidas, dont il détient 80 % du capital, qu’il avait acquises deux ans plus tôt pour 1,6 milliard de francs.

La vente est organisée par un accord avec la Société de banque occidentale (SdBO, filiale du Crédit Lyonnais) qui prévoit l’apurement des dettes de l’homme d’affaires, alors en pleine ascension politique à Marseille.

Bernard Tapie donne un mandat de vente au Crédit Lyonnais pour 2,085 milliards de francs, soit près de 320 millions d’euros.

Pourquoi Tapie estime-t-il avoir subi un préjudice ?

Le 12 février 1993, les actions sont achetées à ce prix par huit acquéreurs, dont une filiale du Lyonnais, Clinvest, des sociétés offshore et une structure luxembourgeoise appartenant à Robert Louis-Dreyfus, décédé depuis. Or, le même jour, ce groupe d’acquéreurs consent une promesse de vente des titres à une autre société de Robert Louis-Dreyfus pour près de 3,5 milliards de francs, option levée fin 1994.

Pour Bernard Tapie, il s’agit d’un coup monté. Il s’appuie sur une facture d’honoraires de sa proche collaboratrice, Gilberte Beaux : elle y réclame trois millions de francs à la SdBO pour avoir convaincu son patron, qui l’avait placée à la tête d’Adidas, de vendre ses parts avant le 31 mars 1993.

Pourquoi réclame-t-il un milliard d’euros ?

Pour le préjudice concernant la revente de ses parts Adidas, l’homme d’affaires réclame 516 millions d’euros de réparations.

Mais l’ancien ministre a un deuxième grief. En 1995, la société Adidas est introduite en Bourse à une valeur de 11 milliards de francs. Le Crédit Lyonnais touche une rémunération sur cette introduction. Bernard Tapie estime que si sa banque l’avait informé de la possibilité de mise en Bourse, il s’en serait chargé, et aurait empoché la rémunération. Si la justice reconnaissait ce préjudice, Bernard Tapie pourrait toucher un total de 1,174 milliard d’euros de réparations.

Que dit la justice ?

En 2008, un arbitrage avait accordé 403 millions d’euros à Bernard Tapie pour solder le litige. Coup de théâtre en février 2015 : la Cour d’appel de Paris annule cette décision, entachée de soupçons d’escroquerie. C’est pour cela que l’affaire est rejugée au civil.

Cet arbitrage, rendu par trois personnalités choisies par les parties, est au cœur d’une enquête pénale. Six personnes, dont Bernard Tapie, son avocat, Maurice Lantourne, et l’un des juges, Pierre Estoup, ont été mis en examen pour escroquerie en bande organisée. Les juges enquêtent également sur le rôle qu’a joué l’exécutif dans cet arbitrage, et plus précisément Stéphane Richard, à l’époque directeur de cabinet à Bercy, et Christine Lagarde, alors ministre de l’Économie.

L’arrêt que va rendre jeudi la Cour d’appel de Paris devrait donc être décisif. Les protagonistes pourront se pouvoir en Cassation.