Attentats à Paris: Les révélations de l'homme qui a conduit Salah Abdeslam dans Bruxelles au lendemain des attaques

BELGIQUE «Le Monde» publie le témoignage de cet homme qui a passé environ une heure avec Salah Abdeslam au lendemain des attentats…

L.C.

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Salah Abdeslam, suspect-clé des attaques de Paris du 13 novembre 2015.
Salah Abdeslam, suspect-clé des attaques de Paris du 13 novembre 2015. — DSK / FEDERAL POLICE OF BELGIUM / AFP

Au lendemain des attentats du 13 novembre, Salah Abdeslam, terroriste présumé, a pu compter sur de nombreux amis en Belgique pour l’aider dans sa fuite. Il y a Mohammed Amri et Hamza Attou, soupçonnés d’avoir ramené de Paris à Bruxelles, en voiture, le seul survivant identifié des commandos terroristes. Et il y a également Ali Oulkadi, dont le journal Le Monde publie ce mercredi le témoignage édifiant.

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Un coup de fil samedi 14 novembre vers midi

Décrit comme un « Français né à Bruxelles, d’origine marocaine, musulman peu pratiquant », Ali Oulkadi a 31 ans. Son témoignage permet d’en savoir plus sur les dernières heures bruxelloises de l’homme le plus recherché d’Europe.

Ali Oulkadi a été interpellé le 22 novembre et sa détention provisoire a été prolongée d’un mois vendredi. Les enquêteurs belges le soupçonnent d’avoir pris le relais de Mohammed Amri et Hamza Attou et d’avoir conduit Salah Abdeslam dans Bruxelles quelques heures après son retour de Paris, le 14 novembre 2015.

L’homme a rapidement avoué les faits à la justice belge. « Il aurait dû se livrer de lui-même à la police. Mais ses amis l’en ont dissuadé », écrit Le Monde.

 

Comment s’est-il retrouvé à conduire Salah Abdeslam dans sa Volkswagen Golf, au lendemain des attentats ? Cet homme marié, père de deux enfants, dit avoir reçu vers midi un appel de son copain Hamza Attou, lui donnant rendez-vous à Laeken, au nord de Bruxelles, rapporte le journal. Une fois sur place, il ne reconnaît pas tout de suite l’homme qui accompagne Hamza Attou, vêtu d’un bonnet, d’une veste grise et d’un jean sombre.

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« Il a été tué, et il était parti pour se tuer »

Il conduit ensuite les deux hommes dans un bistrot, où se déroule alors une conversation improbable avec Salah Abdeslam. « Je lui ai directement demandé s’il avait quelque chose à voir de près ou de loin avec ce qui s’était passé à Paris. Brahim avait vraiment des paroles très radicales, il disait parfois, un joint à la main : “Il faut le tuer celui-là parce que c’est un mécréant” ». Salah Abdeslam refuse de répondre, mais demande des informations sur le nombre de victimes et d’assaillants connus.

Pour Ali Oulkadi, « il semblait analyser la situation, c’est là que j’ai compris qu’il avait quelque chose à voir ». Il finit par lâcher : « J’ai mis mon nom dans tout, je suis cramé », « Je ne devais pas être là au moment des faits », retranscrit Le Monde.

Lorsqu’Ali Oulkadi s’enquiert du sort de Brahim Abdeslam, ignorant qu’il fait partie des kamikazes du 13 novembre, son frère lui réplique : « Il a été tué, et il était parti pour se tuer ».

« On ne va plus jamais se revoir »

Après cet échange qui aurait duré une vingtaine de minutes, le suspect-clé des attaques du 13 novembre a demandé à Ali Oulkadi de le déposer, avec Hamza Attou, dans une rue de Schaerbeek, une commune populaire au nord de Bruxelles. Au moment de quitter Ali Oulkadi, il l’aurait pris une dernière fois dans ses bras, rapporte Le Monde, et lui aurait dit qu’il allait « changer de tête », avant de glisser : « On ne va plus jamais se revoir ».

Il est 14h30, le samedi 14 novembre. C’est la dernière trace que les enquêteurs ont à ce jour de Salah Abdeslam.