Exclusif: «Le nombre de décrocheurs a chuté de 20% en cinq ans»

INTERVIEW La ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem, dévoile à «20 Minutes» le bilan des mesures prises pour lutter contre le décrochage scolaire...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Najat Vallaud-Belkacem à l'Elysée, le 14 novembre 2015.  AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN
Najat Vallaud-Belkacem à l'Elysée, le 14 novembre 2015. AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN — AFP

C’est l’une des priorités du quinquennat en matière d’éducation. La lutte contre le décrochage a fait l’objet de nombreuses mesures depuis 2012. La ministre de l’Education dévoile leurs effets à 20 Minutes.

A quel âge et pour quelles raisons les élèves décrochent-ils ?

Les deux tiers quittent l’école sans formation avant la terminale, le plus souvent en classe de seconde ou de première, voire dès la fin du collège. Le tiers restant, en classe de terminale après un échec au bac. Leur décrochage est la conséquence de leur désintérêt progressif pour l’école, résultant de multiples facteurs (origine sociale défavorisée, problèmes familiaux…).

Où en est l’objectif présidentiel de diviser par deux le nombre de décrocheurs d’ici à 2017 ?

Le nombre de décrocheurs a chuté de 20 % en cinq ans. Alors qu’en 2010, 136.000 jeunes décrochaient chaque année et que ce chiffre sonnait comme une fatalité depuis dix ans, on estime aujourd'hui les décrocheurs à 110.000, soit 26.000 de moins « en flux ». L’objectif présidentiel de parvenir à 67.500 d’ici à 2017 est donc à notre portée. Qui plus est, si on raisonne en termes de « stock », là aussi nous passons de 620 000 jeunes de 18 à 24 ans sans diplôme en 2010 à 494.000 aujourd’hui. Ce faisant, nous venons d’atteindre l’objectif que nous avait fixé l’Europe pour 2020, de passer sous la barre des 10 % de jeunes sans diplôme puisqu’on est désormais à 9 %, pour une moyenne européenne de 11 %. C’est le fruit de la priorité donnée à cette action depuis 2012 et que nous avons renforcée avec le plan « Tous mobilisés pour vaincre le décrochage » en novembre 2014, en y consacrant 50 millions d’euros supplémentaires par an.

Quelles solutions ont été trouvées pour faire raccrocher les élèves ?

Depuis un an, un numéro vert (0.800.12.25.00) permet aux décrocheurs d’obtenir des conseils et d’être suivis par un référent qui les accompagne vers une solution qualifiante (à l’école, en CFA, en école de la deuxième chance, comme stagiaire de la formation professionnelle…). En 2015, nous avons aussi créé sept nouveaux micro-lycées, qui s’ajoutent aux 23 structures innovantes accueillant des décrocheurs voulant renouer avec l’école. Et cette année, avec le ministère de la Défense, nous mettons en place le service militaire volontaire, qui permettra à des jeunes ayant décroché de suivre une formation à la fois scolaire, militaire et professionnelle. Un millier de jeunes vont en bénéficier en 2016.

Et comment comptez-vous améliorer la prévention du décrochage ?

Les établissements ont tous désormais un référent décrochage, interlocuteur privilégié des élèves, chargé de leur apporter des solutions sur mesure. Cette année, nous expérimentons aussi un dispositif permettant aux jeunes de plus de 15 ans en risque avéré de rupture scolaire de faire une pause dans leur scolarité. Ils peuvent alors effectuer par exemple, un stage en entreprise ou un service civique tout en restant sous statut scolaire. Prévenir le décrochage scolaire, c’est aussi encourager les candidats qui ont échoué au bac à le retenter. C’est la raison pour laquelle nous leur garantissons désormais la possibilité de se réinscrire dans leur lycée d'origine.

Vous misez aussi sur une meilleure implication des parents dans la scolarisation de leurs enfants pour prévenir le décrochage. En quoi est-ce efficace ?

Depuis 2012, nous avons renforcé le signalement systématique des absences des élèves aux parents. Ces derniers peuvent aussi obtenir des conseils lorsqu’ils sentent leur enfant décrocher en appelant le numéro vert. Nous avons aussi généralisé cette année la mallette des parents (dispositif consistant en une série de réunions avec l’équipe éducative) au CP et en 6e pour les aider à mieux accompagner la scolarité de leurs enfants.

Comment les enseignants peuvent-ils être associés davantage à cette prévention ?

Le plan de formation 2015-2016 prévoit des modules spécifiques permettant aux enseignants de repérer les signes avant-coureurs du décrochage et de comprendre les leviers pour arrimer un élève à ses études. Et la réforme du collège met l’accent sur le suivi personnalisé (3 heures en 6e et au moins une heure dans les autres classes) qui permettra aux enseignants de mieux repérer les difficultés de certains élèves. Par ailleurs, les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) mettront en valeur des compétences moins académiques des élèves : la capacité à travailler ensemble, à conduire des projets, à s’exprimer à l’oral... Car le décrochage, c’est aussi beaucoup une question de manque de confiance en soi.