VIDEO. Attentats à Paris: Quand les pompiers du 18 étaient les seuls contacts des otages du Bataclan

SECOURS Pendant trois longues heures, ils ont tenté de rassurer les otages au téléphone et de leur expliquer comment sauver des vies...

20 Minutes avec AFP
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Secours et pompiers près du Bataclan à Paris, lors des attentats du 13 novembre 2015.
Secours et pompiers près du Bataclan à Paris, lors des attentats du 13 novembre 2015. — MIGUEL MEDINA / AFP

Ils ont beau être préparés et formés aux situations catastrophiques, le vendredi 13 novembre restera pour eux «indescriptible». Le soir des attentats qui ont fait 130 morts à Paris, les pompiers du 18, premiers contacts des otages du Bataclan avec l'extérieur, ont passé trois longues heures à tenter de les rassurer et à leur expliquer comment sauver des vies.



«Descends vite!» A 21h45, le top est donné pour le caporal-chef Jérôme, pompier depuis 11 ans qui vient rejoindre la «salle 18», où les appels sont reçus. La soirée restera gravée à jamais dans sa mémoire. A son arrivée, c'est la stupeur: «Ca commence à monter en puissance, j'entends des gens qui nous appellent depuis des bars de Paris... puis du Bataclan», se souvient le chef de table, qui gère plusieurs «opérateurs» répondant directement aux victimes ou aux familles.

«Ils nous appellent pour nous dire: "J'ai plein de cadavres devant moi"»

Ce vendredi 13, deux explosions surviennent aux abords du Stade de France, et quelques minutes plus tard à Paris, des hommes armés mitraillent terrasses de café et restaurant tandis qu'une troisième équipe s'engouffre au Bataclan. Dans la salle de concert, 1.500 personnes assistent au concert du groupe rock Eagles of Death Metal. C'est là que les djihadistes feront le plus de victimes entre 21h40 et 0h18, heure de l'assaut des forces de l'ordre.

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Le caporal-chef Jérôme en reste marqué: «On est les premiers à entrer en contact avec les otages du Bataclan, à prendre de plein fouet leur stress et à essayer de les calmer». «Ils nous appellent pour nous dire: "J'ai plein de cadavres devant moi" ou encore "Je suis blessé, je me trouve dans telle ou telle salle, est-ce que vous êtes au courant?"».

«Les cris de douleur, de peur, des gens qui nous suppliaient de venir vite»

Pour celles et ceux qui n'ont pas réussi à fuir, les pompiers seront pendant trois heures «le seul fil qui les lie à l'extérieur». La pression et le stress sont à leur comble dans la «salle 18». Les pompiers enchaînent les appels le plus vite possible alors que 30 à 40 personnes sont en attente sur le standard pendant trois quarts d'heure. Isolés dans leur salle sans fenêtre, au bout du fil, ils entendent «les cris de douleur, de peur, des gens qui (les) suppliaient de venir vite».

"Tenez bon les gars": les pompiers marqués par les appels d'otages du Bataclan, par @ambre_tosunoglu https://t.co/tFTlGd4bTd #AFP
— Agence France-Presse (@afpfr) November 28, 2015

Jérôme, 31 ans, comprend la peine qu'éprouvent ses hommes. «Lorsque je vois le regard des opérateurs, que je les vois me chercher, en quête d'un soutien, je comprends que c'est grave, très grave», raconte-t-il, encore ému, à l'Agence France Presse. Dans les yeux, le responsable voit «de l'étonnement, des hommes perturbés», qui soufflent, demandent parfois de l'aide, s'agitent, cherchant un appui contre le dossier de leur chaise.

Mais il faut aller vite. Répondre. Rassurer. «On guide les victimes ou ceux qui les accompagnent, on leur dit de se déshabiller, prendre un tee-shirt et l'utiliser pour faire un point de compression sur les plaies... De la médecine de guerre». «Quand on décroche, on ne sait jamais sur quel genre de coup de fil on va tomber», explique-t-il.

«Tenez bon les gars, la BRI et le Raid vont intervenir»

Qu'importe. Les informations sont précieuses et il faut également récolter le maximum de données sur les victimes: «Combien sont-ils sur les toits? dans les loges? cachés sous les corps?»... Le caporal-chef s'engage alors dans une course effrénée entre la salle 18 et la cellule médicale, située un peu plus loin. Là, un grand tableau blanc avec inscrit «site 1, site 2, site 3, site 4», en dessous, le nombre de blessés et de morts.

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«Les appels nous permettaient d'avoir une idée chiffrée. Plus les minutes passaient, plus je voyais le nombre de morts au Bataclan augmenter, augmenter, augmenter...». Le caporal-chef s'interrompt. «Les gens à l'intérieur morflaient», et les appels de détresse se poursuivaient. Consigne est donnée, répétée et martelée aux opérateurs: il faut «rassurer les blessés».

Alors quand sa hiérarchie lui dit qu'un assaut va être donné dans la salle de concert peu avant minuit, le caporal-chef est «tellement content» qu'il le dit à ses hommes. «Tenez bon les gars, la BRI (Brigade de recherche et d'intervention) et le Raid vont intervenir», leur lance-t-il. Un pompier ose alors poser la question tant redoutée: «Jérôme, on a combien de morts ?». «80 morts...», lui répond-il. L'opérateur souffle, et répète inlassablement le nombre macabre. Le bilan s'établira à 90 morts.